Portrait : Il était une fois… Joseph William F.
Parce que le duel du Madison Square Garden du 8 mars 1971 se déroulait en pleine ébullition d’une ère nouvelle et prometteuse trois ans seulement après l’octroi des droits civiques durement acquis et la fin (officielle) de la ségrégation dont étaient victimes les noirs américains rebaptisés Afro-américains par Malcom X, figure de proue des Mouvements de lutte pour la Cause noire, l’affrontement Muhamed Ali/ Joe Frazier revêtait une connotation qui allait bien au-delà du sport.
Les débats télévisés en prélude à ce qui restera l’un des matchs du siècle ont été politiquement et médiatiquement parlant aussi captivants que cette homérique rencontre. Rencontre remportée, à l’issue d’un âpre combat de quinze rounds, par Joseph William Frazier alias Joe Frazier, Champion Olympique des Poids Lourds à Tokyo en 1964 et Champion du Monde en 1971 et en 1973. La rivalité révélée pendant l’avant-match par les assertions militantes du charismatique quintuple champion du monde Muhamed Ali, membre de la Nation of Islam, ne prit pas fin au terme du « combat du siècle ». Joutes oratoires provocatrices sur fond de clivages raciaux et de théories émanant des Black Panthers que jamais l’ancien fils de métayer ne lui pardonna.
Ni la rencontre de 1974 au même Madison Square Garden qui vit la revanche de « The Greatest » que Frazier s’obstinait à nommer Cassius Clay, ni le combat dit «The Thriller of Manilla » organisé par le président Marcos en 1975 aux Philippines n’y firent quoique ce soit. Jo Frazier en éprouva au contraire un ressentiment accru. Convaincu jusqu’au bout de sa vie le 7 novembre dernier, ruiné et anonyme, qu’il aurait pu, n’eut été la décision d’Eddie Futch son entraîneur de jeter les gants, remporter ce match qualifié de « Plus puissant et violent de l’Histoire de la boxe ». Ali exténué mais déclaré vainqueur par les juges après quinze rounds épiques avait quelques secondes après l’annonce de sa victoire par K.O. technique, fait un malaise.
Les amendements ultérieurs d’Ali auprès de Marvis Frazier, fils de Joe, boxeur également et adversaire malheureux de Michael Tyson dit «Iron Mike» en 1986, à propos de leurs différents télévisuels notamment, n’eurent pas plus d’écho sur l’ancien champion olympique. Lequel, contrairement à ce qu’affirme la légende ne fut pas le premier à vaincre Ali, cet honneur revient au Britannique Henry Cooper.
Devenu entraineur, Joe Frazier demeura à jamais contrit par ce qu’il considérait comme la trahison du soutien financier et moral qu’il avait apporté à Ali à l’époque de sa désertion lors de la Guerre du Vietnam. Frazier, bien que détenteur de vingt-neuf victoires, ne put, après le combat de Manille relaté par Ali comme « l’expérience la plus proche de la mort », revenir sur la scène internationale occupée par son ancien adversaire. Ali portera la flamme olympique lors des jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 après avoir en 1974 à Kinshasa au Zaïre reconquis le titre mondial face à Georges Foreman, autre symbole de l’âge d’or de la boxe.
Leur rivalité en dépit des exhortations du monde de la boxe et de leur ancien sparring partner Larry Holmes dit «The Easton Assassin», Champion du Monde des Poids Lourds à la fin des années 70 et au début des années 80 s’étendit à leur descendance. Boxeuse entraînée par son père comme son frère Marvis et son cousin Tyrone, l’unique défaite concédée en quinze combats professionnels par sa fille Jacklyn fut face à Laila Ali, fille de l’autre.
Ruiné malgré les trois millions de dollars perçus en 1971 et anonyme propriétaire du Joe Frazier Gymnasium, salle de boxe modeste de la ville de Philadelphie, Joe Frazier aurait, quoi qu’il en eut dit, apprécié l’hommage rendu lors de ses obsèques le 14 novembre dernier par celui qui l’avait tant défié. Devant Don King, Georges Foreman, Larry Holmes et le monde de la boxe, il s’exprimait ainsi : « Si jamais Dieu m’appelle près de lui pour livrer la guerre sainte, je veux Joe Frazier à mes côtés ». Clôturant post mortem leur vieille inimitié qui inspira le personnage de Rocky dans le film de Sylvester Stallone comme l’a rappelé le révérend Jackson en célébrant l’office religieux: « Ali dit toujours que je ne serais rien sans lui. Mais qu’aurait-il été sans moi ? ».
Temps des Seigneurs, temps glorieux et années fastes 70-80, la boxe avec la disparition de Joe Frazier perd à la fois un humaniste et un grand homme. Un combattant, un symbole de l’âge d’or de ce sport énonce amer Michel Acariès promoteur de combats de boxe et frère de Louis l’ancien champion d’Europe : « Une ère distincte de celle actuelle de Mormeck qui se compare à Holyfield ».
Il est vrai que l’aura de la boxe s’estompe progressivement depuis quelques années. Les ultimes matchs de Mike Tyson et l’incident survenu contre Evander Holyfield après la série de rencontres contre des boxeurs de performance moindre organisées par le très controversé Don King étayent ces assertions. C’était l’époque des Joseph Bessala, le Camerounais, Médaille d’argent aux jeux olympiques de Mexico en 1968 dans la catégorie des Poids Welters. Une autre époque…
RIP Smokin Joe.
Life doesn’t rush away from nobody. Life runs at people *
* Citation de Joseph William Frazier. 12.01.1944 -07.11.2011


























RIP ! ll était resté un bel homme !