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Greffes, tissages, perruques, extensions, postiches sont les différents noms que portent tous ces suppléments de beauté qui sont légion chez les femmes en général et les femmes noires en particulier. Pourquoi les cheveux naturels se font coiffer au poteau des critères de la beauté par les cheveux artificiels auprès des femmes noires ?

Les vieilles habitudes ont vraiment la peau dure ! D’autant plus que celles-ci sont relayées depuis bien des années tant par le canal familial que par le canal social. On se transmet les petites astuces de mère en fille, et bien évidemment entre copines, et ceci jusqu’à l’infini. Quand il s’agit de beauté noire, force est de constater que les codes de cette dernière ne sont plus à définir car ils sont intrinsèques et tombent sous le sens. Cependant ils peinent à s’affirmer, à être érigés comme « normes ». Pourquoi ? La faute à des habitudes qui ont repoussé le naturel si loin qu’il a tout simplement du mal à revenir au galop.

Le chapelet des excuses, celles qui prônent l’utilisation des cheveux artificiels, est long à égrainer, très long : les cheveux naturels demandent plus d’entretien là où la pose d’une greffe vous assure la tranquillité durant trois semaines ou un mois, voire plus – oui ça existe – la nature n’aurait pas gâtée certaines femmes, elles auraient hérités d’un grain de cheveux aussi doux qu’un brosse à linge, pour d’autres ce sont les tresses africaines qui, ayant occasionnées une chute des cheveux au niveau des tempes « les monvieux » encouragerait le recours aux greffes et autres tissages. La liste n’est point exhaustive, loin s’en faut. Il ne s’agit pas de balayer d’un revers de la main ces arguments qui valent leur pesant de cacahuètes, mais tenter de comprendre les causes de l’abandon de l’idée que naturel rime avec exceptionnel et que le naturel c’est bien, c’est bon, c’est beau !

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Juliette SmeraldaJuliette Smeralda -Peau noire cheveu crépu-alienation jewanda sociologue martiniquaise, dans son livre « peau noire, cheveu crépu. L’histoire d’une aliénation » nous apprend que pour comprendre ce phénomène, il faudrait remonter au temps de l’esclavage – une fois de plus. Ça parait absurde comme ça, mais ça vaut le détour. En effet les esclaves étaient privés par leurs maîtres du temps qu’ils consacraient à leur hygiène et par extension à la mise en valeur de leurs cheveux. Les moqueries récurrentes vont conduire à un désamour profond. Quand bien même plus tard les maitres esclavagistes consentiront à fournir peignes et brosses, ces derniers, adaptés aux cheveux occidentaux – dents serrées – permettront la mise en place d’une échelle de valeur. Le bon cheveu sera alors celui-là qui réussira à passer l’épreuve du peigne occidental sans que les dents de ce dernier ne se brisent.

L’autre point important c’est la thématique du défrisage. Le cheveu crépu, est victime de l’image dégradante qu’on a voulu lui conférer à travers un diktat de la beauté occidentale : cheveux lisses, peau blanche. Avoir les cheveux crépus peut être synonyme de manque de moyens, manque d’entretien. Avoir les cheveux défrisés c’est donc un moyen de rejeter le statut dégradant qu’on a conféré aux cheveux naturels. Hollywood, la publicité et le concours de beauté se sont révélés être des armes redoutables et des véritables ambassadeurs de la beauté occidentale.

Il faut se le dire le processus d’identification est également absent depuis plusieurs décennies. Enfant, on joue avec une poupée Barbie aux cheveux lisses, les plus grandes stars hollywoodiennes sont blanches et quand bien même ces dernières sont noires elles cachent ces cheveux crépus que nul ne saurait voir. On voit plus de publicités pour les produits incitant à adopter le style de cheveux à l’occidentale que par la pratique du défrisage que des publicités qui prônent l’utilisation des produits pour cheveux naturels.

Combien de femmes noires ont gagné le concours Miss monde ou Miss univers ? Non pas qu’il faudrait une espèce de discrimination positive, cependant il est indéniable que les modèles de représentation ne sont pas légion. S’il y avait plus de figures publiques qui mettaient en avant les cheveux naturels, à travers un tabou brisé, celui de la laideur du cheveu naturel, on aurait peut-être plus de femmes noires qui seraient fières de leurs cheveux. L’identification ! Oui ! Car c’est le socle de toute la pyramide du désir. Les mèches utilisées pour les tissages ne portent-elles pas le nom de brésiliennes ? La référence est donc clairement identifiée comme étant le grain de cheveux lisse. Combien de femmes ont repris une coiffure juste parce qu’elles avaient été portées par une vedette de la musique ou du cinéma ? Beyoncé, Rihanna… Faudrait-il attendre que les canons de la beauté soient dictés par une minorité visible ou bien faudrait-il militer afin de prendre la responsabilité individuelle de mettre en avant dans une démarche personnelle le charme des cheveux naturels. Je penche plus pour la deuxième alternative. La frontière peut vous paraître lointaine et difficile à franchir, Solange Knowles l’a fait : Oser se marier avec ses cheveux naturels. Je vois déjà les arguments fuser d’ici. « Oui, mais elle est une noire américaine, et possède avec un avantage sur la longueur et la texture de ses cheveux. » C’est vrai, mais l’a-t-elle fait, a-t-elle osé ? Oui ! Et Lupita Nyong’o, quels arguments avez-vous à m’opposer ?

LE SYNDROME LUPITA NYONG’O

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Comme bien longtemps avant l’explosion du « phénomène Lupita Nyong’o » la résistance s’organise à travers des irréductibles des cheveux naturels comme Nina Simone, Erykah Badu, Whoopie Goldberg, Chrisette Michelle, et tout récemment avec la sublime Lupita. J’ai été frappé par le nombre de femmes ayant OSE troquer leur tissage pour enfin laisser la beauté de leur cheveux naturels exploser au grand jour. Même si cela n’a duré que l’espace du temps où Lupita Nyong’o était la nouvelle coqueluche des médias, c’était assez révélateur d’une chose : tout est question de volonté du moment où dans la représentation populaire, une icône adulée prouve que les cheveux naturels sont aussi glamours et beaux que les cheveux occidentaux.

Le chemin est encore long certes mais ne faut-il pas commencer quelque part ? Je l’ai compris quand j’ai lu les commentaires fait sur les magnifiques photos du mariage de Solange Knowles. Des critiques sur les sublimes cheveux naturels de Solange qu’elle a choisi de garder en lieu et place d’un lissage ou d’un tissage. Je vous invite à lire cet édifiant article du Huffington post de Gaëlle Prudencio.

Il serait également illusoire de penser à un changement soudain des habitudes et mentalités forgées depuis des années. En regardant l’excellent film documentaire Good Hair du comédien Chris Rock sur l’industrie des produits capillaires on comprend que les convictions auront beaucoup de mal face aux milliards générés par ce commerce, milliards qui financent des publicités visant à entretenir ce cercle vicieux…

Ma démarche ne vise pas à critiquer de façon virulente l’abandon des coiffures naturelles, mais d’encourager la valorisation des cheveux naturels longtemps chassés. Espérons qu’à défaut de revenir au galop qu’ils reviennent au trot, à pas lent et assuré comme c’est le cas avec le phénomène des Nappy Girls.

Car au final ma sœur, tu es belle avec ces artifices, mais ta beauté brillerait de mille feux si les canons de celle-ci avaient l’irrésistible caractère explosif du naturel de ces cheveux crépus que nul ne saurait voir.

 » Y a tant de choses à voir, loin des phares, des couv’ de la mode. Loin de ces clichés qui racontent que t’es con si t’es blonde et moche si t’es noir »  Akhenaton – Souris Encore – Je Suis En Vie

Lire aussi : Elles franchisent le pas vers le Nappy

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   Nathanaël SANDUO

This is Good Hair, Too : A Black Natural Hair Documentary

 

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