Chronique : Ma blanche à tout prix – Chapitre I : La dette coloniale par Valery Ndongo

1098

valery-ndongo-ma-blanche-a-tout-prix-jewanda

Valery Ndongo a posté une chronique sur son blog intitulée : Ma blanche à tout prix – Chapitre I : La dette coloniale – Part 1: Trouve ta blanche !

L’humoriste camerounais ouvre la boite de Pandore sur les relations des gars du pays avec les jeunes femmes blanches qu’ils rencontrent sur place. Une réflexion sociologique, philosophique, humoristique…

Lisez plutôt…

Publicité

————-

Je suis kamer et j’ai grandi au kwatt. Dans un de mes rares moments de lucidité, c’est-à-dire quand je suis à mon quatrième coca chez Tenancière, notre QG à Olézoa, en attendant mon poisson braisé commandé une heure plutôt chez Mama Tecky, j’ai eu la brillante idée de lire quelques chapitres sur la colonisation et la décolonisation, l’esclavage et le commerce triangulaire (je cherche toujours la différence entre ces deux là) ainsi que les conséquences néfastes de ces pratiques sur le continent nègre ; j’ai pu déceler entre ces lignes, toujours pendant ce même rare moment de lucidité, tout le matraquage intellectuel dont ont su faire preuve les génies philosophes du siècle des Lumières en occident pour démontrer à l’humanité la supériorité de la race blanche sur la négraille ; et là, Eureka, j’ai compris : un noir qui veut son propre bien se doit de se taper une « blanche » au moins une fois dans sa vie. D’abord pour que le processus de décomplexiation du noir face au blanc soit lancé ensuite pour qu’elle paye la dette coloniale.

Et quand tu es né au kwatt, où les seules blanches de ta vie sont des jeunes volontaires « peace » qui creusaient des puits d’eau potable dans ton village et que tu trouvais inaccessibles parce que blanches, ce genre de propos cheminent avec aisance dans ton esprit.
Naître au kwatt ici au kamer, c’est naître du côté de la barrière où l’ascenseur social ne monte plus et j’ai toujours pensé que les places de parking réservées aux handicapés pouvaient très bien être occupées par les gars du kwatt. Pour la société kamer, kwatt et voyou sont cousins d’une même famille. Heureusement, avec tous les gars du kwatt qui ont réussi aujourd’hui, moi-même j’en fais parti hein, on ne nous parle plus n’importe comment ici dehors.

Alors, pourquoi la blanche à tout prix ? Là est la question !
Quand tu vis au kwatt et que tu t’es fait larguer par toutes les filles du secteur, même par la plus nase fille qui est sensée avoir couché avec tout les gars, tu confirmes que la malchance dépasse la mort.
Mais quand tu es un peu intelligent, comme je l’ai été autre fois, tu appliques la bonne vielle maxime : « le remède de la femme c’est la femme ». Mais utilise plutôt la version améliorée de cette même maxime : « le remède de la femme noire c’est la blanche » et là, débrouille-toi comme tu peux, tape-toi une seule blanche. Le retour sur investissement est immédiat. Toutes les filles du kwatt qui t’ont zappés sans ménagement, vont te chercher comme si tu étais un prince à News York.
Quand tu sors avec une blanche, tu peux te taper dix noires au kwatt et ça, c’est quand tu es modeste, comme je l’ai été.
Avoir une petite amie blanche te hisse au sommet de la chaine alimentaire du kwatt. Et si cette blanche est jeune et jolie, tu es considéré comme un gars qui a réussi sa vie. Et si elle est vielle et moche, tu es toujours considéré comme un gars qui a réussi sa vie. Les parents te citent en exemple lorsqu’ils font des remontrances à leurs progénitures. Les femmes mariées te font des appels du pied que tu ferais mieux d’ignorer surtout si l’une d’elle est mariée à un policier. Des respectables hauts cadres de l’administration centrale n’hésitent pas à t’inviter boire un verre avec eux, bien sûr accompagné de ta petite amie blanche.
C’est là que tu es surpris de la maîtrise de la technique du waïtisage par ces gars. Le waïtisage c’est l’art pour un noir de parler en imitant l’accent et l’articulation des blancs.
Même un gars du deux zéro (partie de football du dimanche entre copains) qui débarque fraîchement de son village et qui n’a jamais vu l’avion en vrai, est capable, quand ta blanche est dans les parages, de faire preuve d’une telle dextérité dans la maîtrise du waïtisage qu’on croirait avoir affaire à un ancien de la Sorbonne.
Bref, avec ta blanche, ton statut change au kwatt. Tes réflexions deviennent pertinentes, tes analyses sont comparées aux essais des philosophes grecques, aucune réunion de famille ne peut commencer sans l’arrivée du nouveau messie : c’est à dire toi. Si la jeunesse camerounaise considère Samuel Eto’o comme un modèle de réussite, celle de ton kwatt voit en toi la personnification du succès. Chaque gars du secteur se dit en lui-même : « j’ai grandi avec lui ici au kwatt, si lui il a réussi, pourquoi pas moi ? »

Lire la suite sur le blog de Valéry Ndongo.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here