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Vous ne la connaissez peut-être pas, mais cette écrivaine talentueuse est une femme engagée dont le combat touche de millions d’individus à travers le monde.

Rokhaya Diallo, journaliste et écrivaine, enchaine les parutions depuis le début de l’année 2016. Après avoir co-écrit un livre sur le racisme, la sénégalaise d’origine est revenue avec un novel ouvrage : « Afro ». Une galerie de près de 100 portraits où se côtoient d’illustres inconnu(e)s et des personnalités comme Aïssa Maïga, Inna Modja, Youssoupha, la blogueuse Fatou N’Diaye et même l’ancienne ministre française Christiane Taubira … Tous réunis autour d’un seul leitmotive : nous livrer leur vécu qui a abouti au choix du cheveux naturel. Dans l’interview accordée au magazine français Le Point, Rokhaya Diallo revient sur toutes les contingences qui l’ont amené à commettre cet ouvrage (extrait).


Le Point : Quel a été le point de départ de cette aventure ?

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Rokhaya Diallo : Cela fait longtemps que je m’intéresse à la question. Dans mon premier livre en 2011, Racisme mode d’emploi, j’avais consacré tout un chapitre sur les canons de beauté, sur la manière dont ils pesaient plus lourdement sur les minorités puisqu’elles devaient se conformer à un idéal plus éloigné d’elles. L’idée de ce livre m’est venue concrètement quand j’étais à Brooklyn dans un quartier en pleine gentrification où il y a une bourgeoisie noire assez importante. J’ai vu pas mal de gens avec des cheveux naturels, et ça m’a interpellée. Je me suis interrogée sur ce phénomène en France en constatant qu’il concernait aussi des métisses et maghrébins. Finalement, j’ai commencé à regarder autour de moi et je me suis dit qu’il y avait là un sujet intéressant. J’ai donc interrogé des inconnus dans la rue, mes amis m’ont présenté des connaissances. Mes portraits montrent une majorité de femmes, car, passé un certain âge, les hommes ont de moins en moins de cheveux (rires).

L.P. : Vous parlez de la liberté du cheveu, mais vous défendez les femmes voilées…

R.D. : Ce que je défends en tant que féministe, c’est le droit de chaque femme à disposer de son corps. Quel que soit le choix qu’elle veut faire pour ses cheveux, ce choix lui appartient. Je trouve qu’il y a une analogie entre voile et cheveu naturel, quelque chose de l’ordre de l’affirmation identitaire. Une façon de clamer haut et fort : j’ai les cheveux crépus, je suis Française et c’est comme ça !

L.P. : Cheveux crépus, cheveux courts : même combat pour les femmes ?

R.D. : Il suffit de regarder les mannequins : peu portent les cheveux courts. Cela montre bien que les cheveux longs symbolisent la beauté classique féminine. Les actrices et mannequins qui ont les cheveux courts sont identifiées comme ayant un caractère fort, et il est finalement difficile de faire carrière avec les cheveux très courts. Le fait d’être privé de cet attribut qu’est la chevelure longue est perçu comme une soustraction à un jeu de séduction. Les gens ne perçoivent pas le même message selon la longueur du cheveu.

L.P. : Comment jugez-vous les réponses de vos interlocuteurs ?

R.D. : J’ai été surprise par la richesse des réponses, par la récurrence d’anecdotes sur la douleur, sur le rapport à la mère, à l’enfance, au pays d’origine. Il est impressionnant de constater que des personnes aux origines, aux âges et aux métiers très différents racontent finalement des histoires similaires. Beaucoup ne sont pas politisés. Certains m’ont même avoué n’avoir jamais réfléchi au sujet avant notre rencontre.

Retrouvez l’intégralité de l’article ici.

Rokhaya Diallo, Afr o!, Les Arènes, 2015. Se procurer l’ouvrage.

 F.F.K

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