Chronique : Les scandales sexuels bouleversent-ils notre relation aux artistes et à leurs œuvres ?

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Wanda People, les affaires d’agression sexuelle émaillent notre quotidien de plus en plus fréquemment ces dernières années. Face aux innombrables scandales impliquant des artistes ou stars de renommés mondiale, une branche du public tombe parfois de haut, se désolidarisant de leurs idoles, quand une autre s’accroche, y allant de son soutien pour une raison ou pour une autre. Peut-on encore aimer l’œuvre d’un artiste mis en cause ? La Wanda Team tente de percer à jour ce phénomène.

Des feux des projecteurs au banc des accusés, il n’y a qu’un pas. Au cours de leur carrière certaines stars l’ont appris au plus grand de leur malheur, notamment R. Kelly qui est un exemple des plus récents. Depuis la révélation d’accusations de harcèlement sexuel et de viols à l’encontre du chanteur récapitulé dans un documentaire accablant, les fans de l’interprète du célèbre tube « I believe I Can Fly », semblent vivre un tourment presque aussi rude que celui de leur idole.

 

Quand des témoignages glaçants abondent, incriminant encore plus des artistes aimés et respectés du public, les avis divergent quant au comportement à adopter vis-à-vis d’eux, vis-à-vis de leurs œuvres.

Le choix de la raison : S’en désolidariser !

Pourquoi certains fans se désolidarisent-ils de leurs stars ?

D’une part, parce que les révélations détruisent le pacte entre fan et artiste. « Ce qui fait que l’on va avoir de l’affection pour telle ou telle star, c’est qu’elle peut se présenter comme une sorte de surface lisse sur laquelle nous projetons notre propre fantasme », pense un éminent sociologue français. C’est d’autant plus le cas avec les acteurs et les musiciens, auxquels on s’était précédemment identifié. Avec ces révélations, plus moyens de se projeter en eux, Ils imposent quelque chose que l’on n’avait ni envie de voir, ni de savoir.

D’autre part parce que l’œuvre de l’artiste devient tout simplement une victime collatérale

Puisque nous plaçons si haut les artistes – dans notre estime ou dans la société –, leur chute provoque un malaise, voire un vertige. L’œuvre issue de l’artiste ne serait alors qu’une victime collatérale de ses agissements en marge de la société. Il y a destruction de « notre propre perception de ces artistes,dont les œuvres incarnent bien souvent nos idées, notre vision d’un monde progressiste, tolérant, ouvert ».

Rappelons tout de même que bannir l’écoute de ses œuvres dans le cas de R. Kelly est davantage pour une raison économique car les modes d’écoute actuels notamment le streaming permettent à l’artiste de gagner de l’argent. Les militants du mouvement #MuteRKelly en veulent surtout à son porte feuille, histoire de ne plus financer son train de vie et donc ses dérives.

Le choix du cœur : S’en accommoder

Certains fans par contre réussissent à passer outre les accusations d’agressions sexuelles. Comment font-ils ?

D’aucuns attribuent une carte « Joker » à leurs artistes. « Un viol commis par un anonyme et un viol commis par un artiste, c’est à la fois la même chose et pas la même chose » dans l’esprit de ces fans-là, explique cette fois une éminente philosophe française. Parce qu’il fait notamment figure d’exemple, l’artiste bénéficie d’un statut particulier à leurs yeux et dans la société. Il y aurait une morale propre aux artistes qui peut être à contre sens de la morale usuelle. En règle générale, ils sont peu parmi les fans à directement assumer cette inclinaison.

D’autres en revanche, dissocient l’artiste de la personne. Il ne faut pas confondre les deux. Un scandale sexuel mêlant un artiste n’empêche pas sa musique d’exister. Cette catégorie de fans n’est pas très loin de celle qui revendique littéralement la propriété des œuvres de l’artiste une fois ces dernières commercialisées. Ainsi a-t-on pu lire qu’une fois entrée dans les têtes, la musique de ces artistes ne leur appartient plus, mais aux fans qui les consomment. Ce sont les criminels qu’on met en prison, pas les chansons”.

En somme Wanda Peeps, il est donc possible d’apprécier un artiste ou son œuvre malgré les scandales sexuels dont il peut faire l’objet d’accusation. Car elle vient parfois avec des souvenirs heureux personnels dont on n’a pas envie de se débarasser. Néanmoins ceux qui s’en désolidarisent ont des raisons tout à fait légitimes également car le dégoût fait désormais place et gâche l’expérience musicale qui est censée être un plaisir.

Et toi dans quelle catégorie te ranges-tu ?

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