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Chronique : Ces artistes qui s’associent à des fabricants de produits éclaircissants

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Chronique : Ces artistes qui s’associent à des fabricants de produits éclaircissants

publicite-kaysha-lynnsha-jewandaAffiche publicitaire‎

J’avais une dizaine d’années lorsque je me suis rendu compte qu’il y avait des femmes qui s’éclaircissaient la peau. A l’époque on appelait ça “Faire le maquillage”… Au départ, cela m’intriguait, et à l’adolescence mon sentiment envers cette pratique s’est mué en révolte. Je condamnais ces filles et femmes trouvant qu’elles manquaient de personnalité. J’ai même souvenir d’une émission présentée par Jean-Materne Ndi à la CRTV dans les années 80, sur les ravages de ce triste phénomène.  Au fil des années le sujet a continué à me tarauder à tel point que terminant mon école de commerce en 2003, j’ai choisi de faire mon Mémoire de fin d’études sur l’Étude de marché pour la création d’un laboratoire de cosmétologie au Cameroun. Et là, j’ai mieux compris le fléau qui touche ces personnes. De la révolte je suis passée à la compassion. Car, au final, elles n’étaient que des victimes prises au piège d’un contexte post-colonial, aggravé par la présence insuffisante de modèles féminins et par la mondialisation.

L’IMPACT DES STARS SUR LE PUBLIC OU L’APPROBATION TACITE DE CES DERNIÈRES

Les temps changent, les mœurs aussi. La preuve en est qu’aujourd’hui on parle de “se décaper” et cela a clairement (c’est le cas de le dire) une connotation péjorative. On connaît aujourd’hui les ravages du blanchiment de la peau. Même les hommes commencent à s’exprimer sur la question et se désolent de la détresse de leurs sœurs.

Quand au Cameroun, je vois des artistes (qui soit dit en passant ne sont pas camerounais. Cf. le complexe de l’étranger‎) figurant sur des panneaux publicitaires pour la promotion d’un produit vendu par un fabriquant de produits éclaircissants, moi, cela me pose un problème. Certes ce ne sont pas les plus célèbres, ni les plus talentueux, certes il ne s’agit pas en l’occurrence de produits éclaircissants, mais ces artistes ont tout de même leur influence sur le public. Raison évidente de leur présence sur ces panneaux. Quoiqu’on en dise, c’est la marque dans sa globalité qui bénéficie de la notoriété de ces artistes, aussi minime soit-elle. Au point où nous en sommes, il n’y a qu’un pas à franchir pour qu’un de ces quatre matins, une star soit en tête d’affiche pour « vanter les bienfaits » d’un produit éclaircissant. Alors pour moi, lorsqu’on est contre les produits décapants, il me parait incompatible de travailler avec les fabriquants de ces produits.

Je suis une professionnelle du marketing, et qui dit marketing dit moyens pour mieux détecter et cibler les opportunités de marché et moyens d’influence du consommateur. La psychologie et le comportement du consommateur sont étudiés pour savoir ce qui favorise l’acte d’achat. Les bons mots, les bons moyens sont donc utilisés pour vous vendre un produit. Rien n’est fait au hasard. Et dans l’esprit du consommateur, aimant ces artistes, il fait une association positive avec la marque et ses produits, ce qui le rend plus enclin à les acheter. Et par transitivité, il fait inconsciemment l’association avec les produits éclaircissants. L’image de marque de ces fabriquants étant généralement étroitement liée aux produits éclaircissants.

Raison pour laquelle, j’espère des artistes noirs, et principalement africains, à plus forte raison des femmes, une prise de conscience sur leur position dans une telle équation. Quand je vois des Viviane Chidid (N’dour), Kaysha ou Lynnsha s’associer de quelque façon que ce soit avec ces marques, cela me choque et me désole. Car je m’attendrais à ce que ces personnes militent pour la beauté de la femme, pour une réappropriation de notre identité et non de participer même “passivement” à de telles campagnes. Certains diront que c’est tiré par les cheveux et que je fais un raccourci, Si raccourci il y a, c’est bien parce ce que vos esprits feront ce raccourci inconsciemment. Surtout ceux des jeunes que l’on sait plus influençables et perméables aux messages subliminaux.

L’ILLUSION QU’ON NE PEUT CHANGER LES COMPORTEMENTS DE CONSOMMATION. ET SI LA VÉRITABLE DEMANDE ÉTAIT AILLEURS ?

Quelqu’un a eu l’amabilité de me poser la simple question afin de savoir ce qu’il y aurait à faire selon moi pour éradiquer le phénomène de blanchiment de la peau.

Je commencerais par dire qu’étant moi-même entrepreneur, j’ai bien conscience que la logique même d’une entreprise est de répondre à un besoin sur un marché pour faire son chiffre d’affaires. Parler aujourd’hui d’éradication est peut-être‎ un objectif un peu ambitieux. Soyons réalistes, le changement ne s’effectuera pas du jour au lendemain c’est certain. Mais dire qu’il est impossible de changer ces habitudes de consommation est une illusion entretenue par ces marques. Elles se cachent derrière la fameuse soit disant demande du marché qui laisse croire qu’elle obéit au désir des femmes.

Pourtant, je reste convaincue que ce sera avec le concours de marques existantes ou futures, que le changement s’opèrera, car changement il y aura un jour. Ce changement surviendra lorsque les entreprises existantes réussiront à trouver des produits tout aussi lucratifs pour les substituer à ceux éclaircissants. Cela passera par l’information, la sensibilisation et l’éducation. S’il y a volonté, le reste suivra, car je fais partie de ceux qui se disent, “quand on veut on peut”, pour peu que l’on y réfléchisse.

Je pense que l’on peut tout autant faire des affaires en vendant des produits qui ne sont pas nocifs. Je reste intimement persuadée que les entreprises qui accepteront de remettre en question leur business model ne serait-ce qu’un instant, s’ouvriront à des opportunités d’affaires jusque là négligées, voire plus lucratives. Egalement, de nouveaux entrants sur le marché pourraient se positionner avec des produits répondant aux vraies problématiques des femmes.

[youtube]http://youtu.be/cgVGQjUo8os[/youtube]

Ces entreprises pourraient travailler à sensibiliser et informer petit à petit ces mêmes consommatrices de produits éclaircissants aux dangers pour leur santé, les éduquer à de meilleures pratiques.

Penser que c’est la demande réelle des femmes est une erreur il faut savoir que ces femmes ne souhaitent pas toutes devenir “blanches” en soi. Et si la véritable demande était ailleurs ? Certaines femmes pensent régler un problème esthétique précis tel que tâches ou cicatrices (boutons d’acné juvénile, dérèglement hormonal pendant ou après une grossesse). Il y a celles qui veulent tout simplement unifier leur teint (en cause une légère dépigmentation naturelle donnant plusieurs teintes à la peau). D’autres encore se retrouvent à utiliser ces produits par mimétisme.

Compte tenu de ce qui précède, pourquoi ne pas envisager de fabriquer des produits appropriés qui règleraient ces problèmes basiques de peau. Cette démarche salutaire empêcherait un grand nombre de femmes de basculer dans le « décapage », ayant enfin la possibilité d’utiliser de bons produits adéquats. Ou si on leur montrait tout simplement comment se maquiller, elles apprendraient à camoufler leurs imperfections.

En dernier ressort, pourquoi ne pas réfléchir à des produits destinés à réparer la peau de celles qui souhaitent sortir de ce cercle infernal ? ‎La peau agressée se défend et passe par plusieurs stades : elle peut rougir, bourgeonner, s’affiner au point de se déchirer lors des opérations chirurgicales, et l’odeur … Oui, certaines femmes voudraient bien arrêter, mais figurez-vous que ces produits fonctionnent comme une drogue pour la peau lorsque celle-ci en est privée, elle noircit en réaction au manque ! Bref, ces femmes se retrouvent prisonnières et condamnées à recommencer à appliquer leurs « crèmes-destructrices ». Ces conséquences néfastes ne sont pas connues de ces malheureuses quand elles se lancent dans la mésaventure.

Découvrez la liste des produits éclaircissants de la peau non conformes et dangereux identifiés en France, contenant de l’hydroquinone

Puisqu’on a obligé les fabricants d’alcool et de tabac à mettre en garde leurs consommateurs,  contre l’abus d’alcool ou contre la consommation de tabac, pourquoi ne le fait-on pas pour ces produits ? Même celles qui veulent être plus claires (qui ne sont pas en réalité les plus nombreuses) ont droit à l’information. Pour cette dernière catégorie, ériger en modèle des femmes avec une belle peau noire leur apprendrait à mieux s’apprécier, voire à s’aimer. Et petit à petit les critères d’appréciation et les standards des hommes changeraient : rien ne vaut une belle peau naturelle, noire ou claire. Car au final, ce sont les hommes leurs miroirs “déformants”…
Au-delà des considérations “humanistes” de réappropriation identitaire, le changement est inévitable. Même si les anciennes entreprises campent sur leur position par confort et désintérêt pour la bonne cause, les nouveaux entrants devront choisir des créneaux différents pour s’imposer sur le marché des cosmétiques, forçant ces géants à mettre un genou à terre. Prions pour que ce soit également de grands groupes cosmétiques avec assez de moyens pour imposer ces nouveaux produits répondant à de réelles préoccupations

ET NOUS DANS TOUT CA ?

‎En 2015 Je Wanda Magazine en collaboration avec des photographes lancera une campagne inédite dédiée à la valorisation de la beauté africaine et l’information avec la participation enthousiaste d’artistes, de personnalités, de mannequins et d’autres médias afropolitains du monde. Ceux qui connaissent bien notre magazine savent que c’est dans la continuité d’une pétition initiée l’année dernière à la suite d’une publicité choquante de produits éclaircissants. Près de 1000 signatures ont été enregistrées, et nous sommes d’ailleurs heureux de savoir que les dirigeants de la structure interpellée en ont pris connaissance, et sommes persuadés qu’au-delà de ce qui a été dit, ils ne l’ont pas prise à la légère. C’est déjà un bon début, le changement se passe toujours en plusieurs étapes, nous serons donc patients. Je tiens à préciser que je n’ai rien contre ces personnes que je ne connais pas du tout personnellement, mais plutôt une dent contre les produits éclaircissants et la santé des miens à cœur. Mais en éternelle optimiste, j’ai bon espoir qu’un jour, nous serons agréablement surpris.

Par ailleurs, il y a dix jours, j’ai eu un pseudo échange assez houleux sur Twitter avec l’un des protagonistes de la publicité, Kaysha. Il a accepté de répondre à  nos questions sur sa collaboration avec ce groupe de cosmétiques… A suivre…

POUR INFO :

Selon l’Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé en France (ANSM); diabète, stérilité, hypertension artérielle, infections de la peau (galle, mycoses…), complications rénales et neurologiques, cancer sont les quelques “désagréments” que peut causer l’utilisation de ces produits. Ces produits sont également dangereux pour la femme enceinte et son bébé.

C.V.F

En savoir plus…

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Heureusement que des artistes tels que Youssoupha, Bana C4 ou Clayton Hamilton utilisent leur art pour participer au combat…. Voir le clip ci-dessous : “Beauté africaine”…

[youtube]http://youtu.be/ayHegyT1nKU[/youtube]

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Céline Victoria Fotso ou l'esprit créatif. Femme d'affaires, designer, community manager ou architecte événementielle, telles sont les multiples casquettes de Céline Victoria Fotso, fondatrice de Je Wanda Magazine. Riche de ses expériences multiples, cette diplômée en marketing de l'Ecole Supérieure du Management de l'Entreprise à Nice et de l'Académie des Arts et du Design de Montréal, se consacre depuis trois ans à bâtir un pôle d'activités créatives tourné vers l'Afrique. Ainsi, après avoir collaboré au sein des services marketing et commercial d'enseignes de renom telles que Yves-Saint Laurent, Michaël Kors, Smalto, ou encore Réminiscence, cette passionnée de culture, d'Afrique aux goûts éclectiques finit par créer Je Wanda & Co, un concept nouveau à mi-chemin entre le web, l'événementiel, la mode et la communication. Véritable fruit de sa brillante inventivité, et de son insatiable fascination pour les individus et la mixité des cultures. Son rêve : Incarner une Afrique jeune, moderne et en mouvement, loin des multiples stéréotypes négatifs récurrents. Autrement dit, montrer une Afrique résolument positive qui ose.

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