Home Les Tribulations des Esprits Zinzins Chronique : Diam’s – Itinéraire d’une déesse du Rap français

Chronique : Diam’s – Itinéraire d’une déesse du Rap français

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Chronique : Diam’s – Itinéraire d’une déesse du Rap français

Chronique : Diam’s,  itinéraire d’une déesse du Rap français

Nombreux, mais alors très nombreux sont ceux qui ont connu et surtout apprécié l’art de celle qui a su donner un nom au rap féminin français : Diam’s. Même si aujourd’hui cette rappeuse talentueuse et engagée s’est retirée de la scène musicale, ses œuvres restent bien actuelles de part leurs thèmes. Retour sur la carrière de cette artiste admirable qui aujourd’hui mérite et a besoin qu’on respecte ses choix, même si savoir qu’elle ne chantera plus n’arrange guère.

Depuis sa naissance dans les rues américaines au début des années 80 et son arrivée en France au début des années 90, le Rap a véhiculé à travers les succès des groupes tels qu’IAM et NTM et plus tard Secteur Ä, l’image d’une musique exclusivement masculine aux textes remplis de testostérones. La première génération d’auditeurs a été bercée par des références plus ou moins poétiques sur la gente féminine, sans toutefois que la musique perde cette verve dirigée contre la classe politique, car il ne faut pas perdre de vu que le Rap est une musique de revendication.

Aux USA des noms tels que Da Brat, Rah Digga, Foxy Brown, Eve, Lil Kim, la célébrissime Miss Elliot et le phénomène Niki Minaj font échos d’un processus ayant permis de se rendre compte qu’il n’y a pas que des hommes qui manient l’art d’un seize mesures et celui de la rime.

Rap féminin en France : pénitence ou manque de reconnaissance ?

Chronique : Diam’s,  itinéraire d’une déesse du Rap françaisSi outre atlantique les rappeuses américaines tutoient des sommets comme le témoigne les « 5 micros » reçus par Lil Kim pour son album « The Naked Truth » – c’est le seul album féminin à recevoir cette prestigieuse récompense – ou les ventes exceptionnelles de Missy Elliot avec ses albums « Supa Dupa Fly », « Da Real World », « Miss E », « So Addictive »… d’où est issu le désormais mythique ‘’Get Your Freak on ‘’, Under Construction, en France peu sont les rappeuses qui réussissent à égaler un tel succès.

Au fil des années on assiste au défilé macabre des carrières mortes nées. De Be-Side à Melaaz en passant par Sté Trausz dont j’ai appris l’existence en dépoussiérant quelques blogs et essayant de trouver des vestiges de leurs traces sur le web : un vrai travail d’archéologie digitale. Certaines carrières, même courtes nous auront tout de même gratifié de jolies titres restés paradoxalement – et heureusement – dans la postérité tel que « Et si ? » de Lady Laistee : si quelqu’un a son Facebook n’hésitez à me le communiquer. Quid de M’passi – sœur de l’autre rappeur qui a cru qu’utiliser le même patronyme que son ainé suffisait pour faire carrière – et de Sévère… Je pense que si ces rappeuses n’ont pas rencontré un succès plus important c’est plus dû non pas à un manque de talent, mais plus à l’absence de thèmes fédérateurs qui parlent … aux femmes. Et c’est ce qu’a su très bien faire une certaine Mélanie Georgiades.

Diam’s, la voix des sans voix

Chronique : Diam’s,  itinéraire d’une déesse du Rap français

Avoir du talent ne suffit pas si celui-ci n’est pas utilisé ni exploité de la bonne manière. La question du talent de Diam’s est peut-être tabou parce que dans un univers d’hommes ce n’est pas facile d’admettre qu’une jeune demoiselle recherchant certes un mec mortel rap mieux qu’une bonne partie de ses ‘’con-génères’’ masculins.

Diam’s c’est d’abord une métaphore de l’abnégation, la personnification de la sincérité. Beaucoup l’on découverte – moi aussi – avec son titre « DJ » qui tournait en boucle sur Trace TV et sur les ondes radiophoniques. Ce que beaucoup de personnes ignorent, c’est qu’avant le succès qui sera celui de Brut de femme, Diam’s n’avait connu qu’un succès d’estime avec son tout premier album « Premier Mandat » qui s’écoulera à 8000 exemplaires. Là où beaucoup de personnes auraient jeté l’éponge, là où beaucoup de femmes auraient abandonné face aux tribulations, à la véhémence et au sexisme, elle a continué de travailler jusqu’à ce qu’elle fasse de belles et bonnes rencontres : Choukri et Jamel Debbouze, qui lui ouvriront les portes d’un succès fulgurant à venir. Elle signe chez Hostile Records suite à un imbroglio avec la maison de disque EMI.

Quand le Rap sort de sa bulle masculine

Après l’immense succès que rencontrera « Brut de Femme » notamment avec des titres autobiographiques comme « Cruelle à vie », « Ma Souffrance » et d’autres plus formatés pour la radio tels que « Evasion » dont la quintessence ne perd guère une once sa substance. Le refrain fredonné par la chanteuse de Jazz et de Soul China Moses apporte un charme particulier à cette chanson. Les thèmes abordés dans « Brut de Femme » parlent aux femmes. Elle raconte son passé de femme battue dans ma souffrance en des paroles simples et sincères « L’amour rend aveugle, mais j’ai tout vu ».
Chronique : Diam’s,  itinéraire d’une déesse du Rap françaisC’était écrit malheureusement je n’avais pas tout lu. ». Diam’s rencontrera ce succès fulgurant par cette capacité à susurrer aux oreilles de son public son histoire à travers des mots simples et vrais. On peut lui formuler la sempiternelle critique de la femme qui n’a de cesse geindre et qui se sert des déboires d’une vie antérieure au succès comme fonds de commerce, on se doit au moins de lui reconnaitre ce talent de cibler les cœurs des gens avec des mots justes.

Le rap féminin a été porté par de nombreux artistes féminins avant Diam’s. Mais comme souligné plus haut, ces dernières étaient très vite perdues dans cette valse de références survitaminées à la testostérone. Diam’s a juste porté au firmament un courant pas encore présent dans le rap français : l’amour ! Pourquoi parler d’amour dans le rap est-il si tabou ? Pourquoi exécrer toute sincérité ? C’est juste paradoxal quand on se rend compte qu’au milieu des classiques de rap français figurent de titres mêlant mélancoliques et sentimentalisme : « Si loin de toi » de Pit Baccardi, « Le Fruit défendu » de Mystik, « Mama Lova » d’Oxmo Puccino, « La belle et le Bad-Boy » de Mc Solaar et la liste n’est point exhaustive. Malgré cette détestation voilée et les critiques dont elle est la cible, Diam’s peut tout de même trouver des soutiens sous diverses formes. C’est le cas par exemple de Youssoupha peu connu à l’époque, qui reprendra le titre « Venus » qu’il appellera « Anti-Venus ».

Après un bon accueil par la critique, sentiment pris à témoin par des ventes plus que correctes ( 200.000 copies), « Brut de femme » marquera la renaissance de Diam’s mais surtout sera un avant-goût du sacre et du triomphe du prochain album « Dans ma Bulle ». Celui-ci est tout simplement l’album de la consécration avec des statistiques à donner mal à la tête à un paracétamol ! Il marque l’apogée artistique et l’artiste. Elle rap avec ses tripes sur le très commercial « La Boulette ». Fais ressortir les vieux démons de son ancienne vie de femme battue et trompée dans « Confession Nocturne », critiques avec une virulence aiguisée les filles matérialistes dans « Cause à effet ». Elle continue à se livrer dans « Petite Banlieusarde », une chanson construite loin des formats standards de l’industrie musicale. Chanson introspective où elle parle la difficulté d’être une fille en banlieue, de vivre sans père, sans repères le tout sous les coups d’un homme qui sait qu’elle n’a ni frère ni père pour assurer ses arrières.

Diam’s c’est de la douceur quand on écoute « Tu porteras mon nom », mais aussi de l’engagement à travers des titres comme « Ma France à moi » et « Marine ». Elle prendra des engagements politiques forts appelant à voter contre Sarkozy qu’elle n’hésitera pas de traiter de « Fachos ». C’est une fois au sommet de la montagne que l’on se sent parfois le plus seul. Plus terrible encore que la solitude, c’est la chute qui fait encore le plus mal.

Entre grandeur et décadence

Chronique : Diam’s,  itinéraire d’une déesse du Rap français

Si le succès est présent, le mal-être de Diam’s est quant à lui quasi palpable. Elle lance des S.O.S sous forme d’interlude. On se souviendra de cet interlude où elle demande à son meilleur ami Sébastien de la rappeler de peur qu’elle ne fasse une connerie. C’est une Diam’s dépassée par le succès qui aux victoires de la musique 2006 fond en larmes sur scène. Personne ne le sait mais à ce moment-là telle qu’elle l’explique dans « I Am Somebody », elle vient de faire une dépression et ne tient debout que grâce à des médicaments.

L’après « Dans ma bulle » sera une longue descente aux enfers. Malgré tous ces problèmes elle reviendra tirer sa révérence au monde du spectacle avec un projet musical en guise de legs pour la postériorité. Après plusieurs années d’absence entrecoupées par une conversion à l’Islam elle revient sereine, apaisée et soulagée. Comme le Beaujolais nouveau, elle est arrivée, attendue au tournant, avec un album vinifié à l’aide de bons cépages musicaux. Si l’album est axé encore plus sur des chansons introspectives, il laissera tout de même aux jurys populaires l’occasion d’attribuer ou pas aux titres « I Am Somedoby » et si c’était la dernière la certification de « Classiques » du Rap français.

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste Diam’s est ce genre d’artiste qui rend rarement indifférents. Je suis de ceux qui acceptent sa conversion à l’Islam. Après tout si elle y trouve la paix intérieur qu’elle recherchait tant, qu’est-ce qu’un être humain pour juger et condamner ses choix. Mon seul regret c’est qu’elle arrête la musique définitivement. J’ai omis de citer subrepticement Kenny Arkana, ou la nouvelle Génération Pandore et Ladea. Il en est de même pour Casey, quand j’égrainais le chapelet des rappeuses française. Parmi toutes ces rappeuses cette dernière est celle selon moi qui a autant de talent que Diam’s sinon plus. Elle m’emmène à me poser la truculente question mais non moins sérieuse sur la frontière entre rap engagé et rap commercial. Diam’s rappeuse engagée VS Casey rappeuse engagée ayant déclaré que son rap n’est pas à vendre. Mais ça je pense que ce sera l’objet d’une autre chronique.

« Ce n’est pas ce qui est beau qu’on aime, c’est qu’on aime qui est beau » Mystik, Le Fruit Défendu.

Sandnath

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