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Chronique : NollywoodWeek ou la puissance de l’image

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Chronique : NollywoodWeek ou la puissance de l’image

Chronique - NollywoodWeek ou la puissance de l image-jewanda

Il y a peu, Paris accueillait à nouveau la NollywoodWeek mettant ainsi le cinéma nigérian en pleine lumière et suscitant une réflexion sur la projection d’une image de l’Afrique.

Du 5 au 8 juin 2014 a eu lieu la deuxième édition du Festival du film Nigérian à Paris, NollywoodWeek. Oui j’ai bien dit Nollywood, avec un N. Un N pour Nigéria et Hollywood que l’on ne présente plus. Il s’agit du nom donné à l’industrie du cinéma nigérian reconnu désormais internationalement. Cette appellation lui vient d’un journaliste américain du magazine The New Yorker qui lors d’un voyage au Nigéria remarque l’effervescence de la production locale. C’est typiquement le genre de phénomène né organiquement comme l’on en voit beaucoup en Afrique.

La genèse nous fait remonter à 1992 au Nigéria. Les moyens manquent, l’insécurité domine dans le pays, les cinémas sont fermés mais les gens ont soif d’histoires qui leur ressemblent. C’est dans ce contexte que sort « Living in Bondage » qui est distribué directement en DVD. Le succès est immédiat, des centaines de milliers de copies sont vendues. C’est le début de Nollywood.

Vingt deux ans plus tard, le cinéma nigérian est devenu la deuxième industrie cinématographique au monde derrière Bollywood avec plus de 2000 films par an. Alors c’est sûr quantité ne rime pas toujours avec qualité ; puisque tournés à la chaîne, les films nigérians ne sont pas toujours du meilleur cru. Cependant, dans ce foisonnement de productions au trait souvent grossi, émergent de plus en plus de petits bijoux de films. Et c’est là que cela devient intéressant. Jusqu’alors, les seuls films africains de qualité et montrés au monde étaient bien souvent des films financés par des organismes internationaux occidentaux, formatés pour de grands Festivals mais qui finalement ne nous ressemblent pas et rappellent davantage le cinéma d’auteur. Ces films sont conçus pour un public occidental qui se fait une idée précise de l’Afrique, et sont prisés par les Festivals souhaitant récompenser le cinéma « étranger ». Désormais, Nollywood nous propose un cinéma grand public qui ressemble davantage aux réalités africaines même si parfois exagérées (après tout c’est du cinéma). Et c’est simplement la recette qui marche : l’authentique diversité d’un cinéma décomplexé.

[youtube]http://youtu.be/4qY11ajv05Q[/youtube]

Crée en 2013 par Serge Noukoué, le Festival NollywoodWeek de Paris est également à l’image de cette jeunesse afropolitaine contemporaine entreprenante. Le fondateur est lui-même Béninois, ayant vécu au Cameroun, au Brésil ou encore aux USA où il découvre la culture nigériane grâce à son « roomate » originaire du pays. Ce festival, j’en suis sûre, promet de devenir une grande plateforme en Europe pour le cinéma nigérian car il propose une excellente sélection de films de qualité sortis sur grand écran au Nigéria. Et je peux vous dire qu’à l’heure où l’on ne parle plus que d’une d’organisation terroriste dont je tairai ici le nom, cela nous fait le plus grand bien. Je dis « nous » car il ne s’agit plus uniquement du Nigéria. Si la plus grande puissance africaine souffre, l’Afrique souffre. Au-delà de la violence et de la terreur semées sur leur passage, ces groupuscules font un terrible tort à l’image du Nigéria donc de l’Afrique qui essaye tant bien que mal de sortir de ces stéréotypes négatifs et néfastes pour sa croissance et son développement. L’Afrique n’est pas que pauvreté, guerre ou famine. Et c’est ce que le cinéma nigérian représente. L’authenticité africaine. Un certain réalisme au-delà de la fiction.

La culture est une composante essentielle au développement et au rayonnement d’un pays, d’un continent. Le cinéma, la littérature, la musique, la photographie, etc. permettent de projeter une Afrique telle que nous la vivons, dans sa diversité, dans sa modernité. Au cours d’une intervention très remarquée lors d’une conférence TED*, l’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adiche parlait du danger de ne connaître qu’une seule version de l’histoire d’une personne ou d’un pays. Car c’est ainsi que se forgent des idées erronées, des préjugés, aboutissant à l’incompréhension de la part des autres. Voir le Nigéria partout aux infos pour une affaire de terrorisme quand on ne l’y voit que très rarement pour son excellence, devient quelque peu agaçant. Oui je dis bien excellence, car des domaines d’excellence il y en a. A l’heure où je vous parle, je suis sûre que pour bon nombre de Français, Nigéria rime désormais avec terrorisme. Et l’existence d’un tel festival devient essentielle pour raconter le Nigéria autrement, afin d’éviter de faire naître de nouveaux stéréotypes, de nouveaux clichés. Autrement ne veut pas dire de façon édulcorée (rien ne l’empêche, les africains aussi aiment les films avec “happy ending »), mais montrer qu’il y a de tout chez nous aussi.
Nollywood démontre qu’au final le Nigéria est comme le reste du monde, capable du pire comme du meilleur; à l’instar des Etats-Unis qui peuvent un jour assister à des tueries sanglantes dans des établissements scolaires et le lendemain se mobiliser nationalement pour récolter des fonds après une catastrophe naturelle. Outre le côté spectaculaire de ces actes de terrorisme condamnables, ils demeurent l’expression « banale » du désespoir humain comme il en existe partout.

[youtube]http://youtu.be/_gv6DCC-UN8[/youtube]

Alors Nollywood, c’est un peu comme une rencontre amoureuse. Au début on est sceptique, limite méfiant, on se dit « bof, qu’est-ce que je n’ai pas déjà vu ? ». Et puis c’est la surprise. La bonne surprise. Alors on se laisse emporter et on en veut plus, toujours plus. Car ces images vues au Festival NollywoodWeek nous rappellent parfois des situations vécues comme cette cocasse coupure de courant lors d’un dîner familial dans la comédie romantique « Flower Girl » de Michelle Bello. Qui est déjà allé en Afrique n’ignore pas le délestage fréquent que subissent ses habitants. Ou ces images que l’on n’a pas vues mais qui auraient pu être les nôtres avec ces tueries barbares lors de la guerre civile du Biafra dans « Half of a Yellow Sun » avec Chiwetel Ejiofor et Thandie Newton. Je n’ai pu m’empêcher de verser quelques larmes à l’idée que cela aurait pu être ma famille, mes amis, mes voisins… Ou encore ces images fabuleuses d’un mariage traditionnel riche en couleurs dans « Mother of George » avec Isaac de Bankole. Ou les situations évoquées dans « The Meeting » qui nous rappellent les lourdeurs de la bureaucratie africaine. Toutes ces images ont du beau et du moins beau, elles restent pourtant toutes le témoignage des histoires africaines. Le Festival NollywoodWeek permet donc au public français d’apprécier le Nigéria autrement, l’Afrique autrement. Ces singularités, du Nigéria, de l’Afrique, se fondent dans l’universalité du cinéma qui s’inspirent de sujets partagés par l’Humanité, l’amour, la mort, la guerre, la naissance, la spiritualité… vus au travers du prisme de nos différentes cultures.

*(Technology, Entertainment and Design)

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Céline Victoria Fotso

[youtube]http://youtu.be/k6OBH0Bwh4I[/youtube]

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Céline Victoria Fotso ou l'esprit créatif. Femme d'affaires, designer, community manager ou architecte événementielle, telles sont les multiples casquettes de Céline Victoria Fotso, fondatrice de Je Wanda Magazine. Riche de ses expériences multiples, cette diplômée en marketing de l'Ecole Supérieure du Management de l'Entreprise à Nice et de l'Académie des Arts et du Design de Montréal, se consacre depuis trois ans à bâtir un pôle d'activités créatives tourné vers l'Afrique. Ainsi, après avoir collaboré au sein des services marketing et commercial d'enseignes de renom telles que Yves-Saint Laurent, Michaël Kors, Smalto, ou encore Réminiscence, cette passionnée de culture, d'Afrique aux goûts éclectiques finit par créer Je Wanda & Co, un concept nouveau à mi-chemin entre le web, l'événementiel, la mode et la communication. Véritable fruit de sa brillante inventivité, et de son insatiable fascination pour les individus et la mixité des cultures. Son rêve : Incarner une Afrique jeune, moderne et en mouvement, loin des multiples stéréotypes négatifs récurrents. Autrement dit, montrer une Afrique résolument positive qui ose.

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