[Dossier] : La tentation du porno en Afrique – Plus de chance hors d’Afrique ? (5/5)

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Lire : [Dossier] : La tentation du porno en Afrique – Exploitation, trafic d’êtres humains et risques sanitaires (4/5)

André, le jeune Ivoirien, ne pense pas vraiment aux risques. Il ne songe qu’à sa carrière; une carrière qui pourrait, selon lui, sortir sa famille de la misère. Fela entretient le même espoir. Cette Béninoise, mère d’une petite fille de 5 ans, dit gagner entre 200 et 300 dollars par mois (entre 138 et 206 euros) lorsque les affaires vont bien (elle organise des évènements spéciaux dans les boîtes de nuit); 100 dollars seulement les mois difficiles. Elle a donc décidé d’allier travail et plaisir.

«J’aime tout ce qui touche à l’érotisme, au sexe et à la séduction, explique Fela, qui vit à Lomé, capitale du Togo, pays voisin du Bénin. C’est comme une seconde nature. Mes amis font circuler des vidéos X amateurs de moi, gratuitement, et j’espère qu’un jour quelqu’un me remarquera et m’appellera pour faire un film.»

Ce n’est peut-être pas la meilleure méthode. «J’ai échangé par email avec plusieurs (prétendus) réalisateurs qui avaient vu mon annonce, m’explique André. Ils m’ont demandé des photos de mon pénis. Je les ai envoyées, et je n’ai plus jamais eu de leurs nouvelles…»

Diana, jeune femme de 28 ans, ne s’est jamais fait piéger de la sorte. Elle est mère célibataire, comme Fela; elle aussi a bien du mal à subvenir aux besoins de son enfant de 11 ans. Et comme Fela, elle souhaite travailler dans le milieu du X pour «le plaisir et pour l’argent». Mais la Camerounaise, qui vit aujourd’hui à Bata (deuxième ville de Guinée-équatoriale), préfère attendre d’avoir des propositions sérieuses —et ce ne sera pas forcément en Afrique.«Je me souviens d’un film ivoirien tourné dans le bush. Tout était sale; il y avait des mouches partout… Je trouve que les films occidentaux ont plus de classe.»

Koh Bela (par ailleurs auteure d’un ouvrage, Mon combat contre la prostitution), confirme cette observation. Elle a étudié des centaines de films pornographiques africains —certains d’entre eux sont en vente dans le quartier parisien de Château Rouge, qui abrite une importante communauté africaine.

«Les rares films de bonne qualité qui mettent en scène des acteurs africains sont réalisés par des producteurs européens: ils sont souvent français, hollandais ou allemands. Après avoir envahi Internet, ces films trouvent leur place dans le marché des DVD. Les films produits en Afrique sont en général si médiocres —à tout point de vue— qu’aucun producteur d’envergure n’accepte de les distribuer.»

Voilà peut-être pourquoi certains jeunes assistent à des cours de pornographie informels.

«Il existe des cercles d’apprentissage à Douala et à Abidjan, révèle Koh Bela. Des jeunes femmes se rendent dans des appartements prévus à cet effet et regardent des films pour apprendre tous les types de caresses, de positions sexuelles et de techniques pornographiques à l’occidentale. Les « instructeurs » n’hésitent pas à donner des cours pratiques aux jeunes filles. […] Ils évaluent également les capacités des hommes et des femmes.»

Est-ce là le meilleur moyen de percer dans ce secteur? Pas forcément, selon Philippe Di Folco. «Les clients recherchent le côté amateur. Aujourd’hui, les consommateurs apprécient l’illusion du réalisme, parce que cela leur donne l’impression d’épier la vie privée des gens; c’est comme s’ils étaient dans la chambre et qu’ils assistaient aux ébats en direct.»

André, lui, s’appuie sur l’expérience qu’il a acquise en visionnant des films et en lisant des magazines. Il compte également sur la chance. Lorsqu’il discute de ses rêves d’avenir avec ses amis —qui veulent eux aussi devenir acteurs X—, les jeunes gens gardent espoir en songeant aux acteurs africains qui sont parvenus à jouer, en France, dans des films pour adultes.

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Habibou Bangré

Traduit par Jean-Clément Nau

Source : DirectCd

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