Home JWD Mag Facebook, le cyber maquis

Facebook, le cyber maquis

0
Facebook, le cyber maquis

Le 7 décembre 2010, dans un ultime geste de désespoir, un jeune tunisien, Mohamed Bouazizi, s’immolait par le feu à Sidi Bouzid. C’était le début de la «Révolution du Jasmin»…
Ils ne l’avaient pas vu venir nos pères, ni nos grands-pères, ce soulèvement des jeunes à travers le web. Eh non, ils ne l’avaient pas vu venir cette cyber révolution ! Preuve qu’il existe bien une vie virtuelle et qui bascule parfois dans la réalité.
Hier, on risquait les rafles
Hier, les jeunes militants se réunissaient en secret, déclamant leurs revendications pour nourrir le mouvement.
Hier, on distribuait des tracts pour éclairer les consciences. On écrivait des pamphlets pour railler et dénoncer les pouvoirs en place. On faisait de l’affichage sauvage. On scandait sa révolte !
Hier, on lançait des appels de mobilisation à la radio. On risquait les rafles, la délation. On faisait le maquis !
Hier, on risquait sa peau…
De tous temps, et au-delà des frontières, les étudiants ont toujours été de puissants militants, de réels potentiels détracteurs, tout comme avec les intellectuels avertis, ils ont toujours grossi les rangs de la révolte populaire, ont toujours été le pouls de l’état de santé d’un pays.
Le jeune est passionné, il est capable d’une foi fervente, aveugle.
Le jeune instruit a la faculté de réfléchir, il a les outils, les références qui lui servent de repères souvent fortement encrés. Le jeune instruit a de fortes convictions.
Alors le jeune, instruit, en proie au désespoir est une bombe ambulante, à retardement, une mèche qui ne demande qu’à s’embraser. Mais alors, le jeune, instruit, désespéré, qui a pour tribune Internet, terre de liberté virtuelle, est redoutable. Difficile à appréhender. A maîtriser.
Aujourd’hui, on «tweet» des slogans révolutionnaires
Aujourd’hui, une telle révolution ne serait même plus possible en occident, qui bien consciente des possibilités de l’outil qu’ils ont crée, en ont maitrisé les grandes lignes en balisant le terrain.
Mais, chez nous, où tout le web est en friche, c’est une autre histoire, Facebook sert désormais de maquis…
Aujourd’hui, on lance une révolution depuis sa petite chambre d’étudiant, dans l’anonymat total, sous un pseudo évocateur.
En quelques clics, on galvanise des foules d’individus, qui eux aussi militent depuis leur ordinateur.
Aujourd’hui, on révolutionne, on communique sans élever une seule voix, on motive dans un silence quasi macabre si ce n’était le simple bruit des touches du clavier.
Aujourd’hui, on fait circuler des vidéos sur Youtube ou Vimeo, on fait des mailings pour rallier les internautes, on écrit sur des murs virtuels, on «tweet» des slogans révolutionnaires, on «tagg» pour faire passer le message.
Et si tout ce vocabulaire vous parait flou et incompréhensible, c’est officiel, vous êtes un vieux, dites-le vous bien, ou alors vous n’êtes pas connecté, ce qui revient d’ailleurs au même.
Comme en mai 68, en France, c’est du mouvement étudiant que tout peut partir. Et tel qu’on le disait à l’époque : «Si on n’est pas communiste à 18 ans, on a pas de coeur. Si on le demeure à 40 ans, on n’a pas de tête». Les étudiants, eux, «ont la tête et le coeur»…
La contagion à d’autres pays africains est-elle possible ?
Oui bien sûr, l’idée a dû traverser plus d’une tête, mais même si de nombreux jeunes africains s’expriment sur la toile, tous ne sont pas prêts à descendre dans la rue, encore moins à s’immoler. Il y a là un facteur culturel non négligeable. Et puis ceux qui ont connu la guerre sont encore échaudés par celle-ci.
Pendant qu’au nord de l’Afrique, le peuple reprend son destin en main par voie pacifique, en Côte d’Ivoire, il est pris en otage par deux hommes qui s’affrontent, pays censé jouir d’une plus grande liberté d’expression. Cherchez l’erreur…
Donc, le terreau est certes fertile, mais encore faut-il y faire germer de la graine de révolutionnaire.
Sur Facebook, de nombreux jeunes africains de diverses origines ont pour photo de profil un drapeau Tunisien ou Egyptien, en signe de solidarité. C’est évident, certains rêveraient que le vent révolutionnaire souffle jusque chez eux, mais leur militantisme ne dépassera pas les limites du net. Une cyber solidarité, sans frontières, unis sous une même bannière, celle de la liberté.
J’ai envie de dire, «alors merci qui ?» Merci Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook) !
Ceci dit, je n’aimerais pas apprendre dans 50 ans que toute cette vague de «libération» du peuple était orchestrée par les Etats-Unis à l’instar de la France pour les indépendances africaines des années 60. Car tout de même, difficile à croire qu’elle ait échappé aux services secrets américains, cette grogne cybernétique grandissante. Pas impossible, qu’ils aient allumé la mèche et facilité l’embrasement, ces yankees, en bons justiciers et libérateurs historiques qu’ils sont.
Enfin, rendez-vous au centenaire des indépendances, il devrait y avoir de belles surprises ! A vos Tweets, partez !

C.V.F

Previous article Quand Rihanna joue à la (re)belle
Next article Orangina débarque au Cameroun – “Secouez, buvez, pulpez !”
Céline Victoria Fotso ou l'esprit créatif. Femme d'affaires, designer, community manager ou architecte événementielle, telles sont les multiples casquettes de Céline Victoria Fotso, fondatrice de Je Wanda Magazine. Riche de ses expériences multiples, cette diplômée en marketing de l'Ecole Supérieure du Management de l'Entreprise à Nice et de l'Académie des Arts et du Design de Montréal, se consacre depuis trois ans à bâtir un pôle d'activités créatives tourné vers l'Afrique. Ainsi, après avoir collaboré au sein des services marketing et commercial d'enseignes de renom telles que Yves-Saint Laurent, Michaël Kors, Smalto, ou encore Réminiscence, cette passionnée de culture, d'Afrique aux goûts éclectiques finit par créer Je Wanda & Co, un concept nouveau à mi-chemin entre le web, l'événementiel, la mode et la communication. Véritable fruit de sa brillante inventivité, et de son insatiable fascination pour les individus et la mixité des cultures. Son rêve : Incarner une Afrique jeune, moderne et en mouvement, loin des multiples stéréotypes négatifs récurrents. Autrement dit, montrer une Afrique résolument positive qui ose.