Interview : Elyon’s, créatrice de la bande dessinée “La vie d’Ebène Duta”

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Wanda People, souvenez-vous des pétillantes aventures d’Ebène Duta. Après un financement participatif de plus de 15 000 € opéré sur Internet et réussi avec brio, Elyon’s la créatrice de la vie d’Ebène Duta revient sur cette incroyable aventure pour Je Wanda Magazine. C’était également l’occasion de parler de la bande dessinée qui a vu le jour le 14 juin dernier, de son parcours qui n’a pas toujours été de tout repos et de ses projets.

Je Wanda Magazine : Bonjour Elyon’s ! Tu es une jeune artiste camerounaise, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Elyon’s : Bonjour Je Wanda ! Alors je signe Elyon’s, auteure de BD d’origine et de résidence au Cameroun. J’ai eu une licence en lettres modernes françaises et anglaises. Bossé quelques années successivement comme Chargée de mission culturelle, puis documentaliste, décroché ensuite une licence en arts graphiques visuels et de l’espace en Belgique.

A mon retour au pays (NDLR : Cameroun) en 2011, j’ai bossé comme graphiste puis concepteur-rédacteur dans une agence de pub. Bien sûr, en dehors de ce parcours j’ai aussi animé des ateliers sur la Bande Dessinée, et ai été publiée dans pas mal de collectifs camerounais, libanais, brésiliens et dans Spirou Magazine (la classe !).

JWM : Parle-nous de la vie d’Ebène Duta et de ses personnages qui sont-ils ? Comment as-tu eu l’idée de créer cette bande dessinée et de quoi parle-t-elle ?

Elyon’s : L.V.D.D raconte le quotidien d’une fille noire à l’étranger. Elle a tous ses papiers, ne cherche pas un moyen de rester vieillir et mourir en Europe. C’est juste un quotidien avec ses déboires, hauts et bas, réflexions sur la vie, l’identité, sur un ton humoristique.

La-vie-d'ebène-duta-itw-Jewanda-2JWM : En lisant la BD on se demande instinctivement où tu puises ton inspiration ? Est-ce que certaines histoires sont du vécu (proches, amis, toi) ?

Elyon’s : Hahaha, en fait je suis une véritable éponge, parfois schizophrène… Tous les artistes sont des grands malades de toutes les façons. Cette capacité à créer des choses, mondes, vies, dialogues, ‘faut être fou pour le faire, et vraiment atteint pour bien le faire. Je m’inspire de ma vie, des témoignages, et je fais évoluer tout cela vers quelque chose de drôle mais faisant un peu réfléchir aussi.

JWM : En février 2014, tu as eu recours au financement participatif en ligne pour pouvoir avoir les fonds nécessaires pour sortir ta BD en papier, et tu as réussi à réunir la somme de 15 149 € (Bravo !) contre l’attente de certains. Peux-tu nous parler de ce parcours du combattant ? Des surprises ? Des conseils ? Comment s’est déroulée la campagne ?

Elyon’s : Pfiouuuuuuuuuuuuuuuu… C’était vraiment très dur et parfois j’avais l’impression que ça allait être un échec complet. J’ai été plus qu’agréablement surprise et émue quand ce projet qui me tient énormément à cœur est devenu une réussite. Un conseil ? … Hum… comme disait l’un des maires de la ville de Douala « mes enfants battez-vous parce que la vie c’est la Bastonnade ». Cette phrase fait rire, mais elle résume bien tout : Pour réussir un projet quel qu’il soit, il faut 1% de génie / d’inspiration, d’idée forte, d’organisation et 99 % de travail acharné à crédibiliser son projet, gérer les nombreux couacs et aléas du direct, bosser, bosser, bosser et manquer profondément de sommeil.

JWM : Mis à part le financement de ton projet, quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?

Elyon’s : Les mentalités…Même si la grande majorité des gens étaient enthousiastes et réceptifs à ce projet, certaines personnes étaient très négatives. Nous entretenons malgré nous les stéréotypes de l’africain/ noir pauvre, endetté, nécessiteux, qui va forcément détourner l’argent qu’il demande pour un truc précis, dans l’achat d’un terrain ou d’une Cadillac (pour quelles routes ?).

En gros les gens se sont mis des limites ! Je ne suis pas la fille d’un ministre, mes parents sont de condition vraiment modeste mais ce sont des battants et c’est le plus bel héritage qu’ils m’aient laissé. J’ai lancé ce projet du Cameroun avec le souhait fou que ça brise les barrières qui nous gardent loin du «Sky is the limit » de Tupac. Tout est possible. Vraiment TOUT ! Mais ça demande du temps et énormément de travail. Il faut être prêt pour ça.

JWMOù en es-tu par rapport à ce projet, quand doit-il voir le jour et comment pourra-t-on se procurer la bande dessinée si l’on n’a pas participé au financement ?

Elyon’s : Alors ma BD est sortie le 14 Juin avant-première à Lyon. J’ai eu l’honneur d’être invitée au festival de Bande dessinée de Lyon pour y présenter mon travail. J’étais assez surprise d’être la seule auteure de BD d’ Afrique, et d’Afrique Noire aussi. Mais la machine est en route pour que plus d’auteurs soient représentés à l’avenir.

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JWM : Tu as été publiée dans différents collectifs BD aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger. Quel regard portes-tu sur la culture au Cameroun et en Afrique en général ? Que faudrait-il mettre en place pour faciliter son développement et surtout sa rentabilité ?

Elyon’s : Hum…je ne suis pas sure d’être bien placée pour parler de ce genre de choses. Le Cameroun est un pays d’une diversité exceptionnelle. Mais l’argent reste la racine de tous les maux, donc forcément si on met systématiquement l’argent comme la charrue avant les bœufs, on ira nulle part.

JWM : Tu participes d’ailleurs à de nombreux festivals, tu seras également en séance de dédicace dans plusieurs pays, peux-tu nous donner plus de détails ?

Elyon’s : J’étais en dédicace à Lyon. J’ai également des dates pour d’autres pays  comme la Belgique, ou l’ Allemagne et bien sûr le Cameroun ! Je serai à Paris le 3 juillet prochain. Mais ce n’est pas tout, et je préfère en parler  au fur et à mesure.

JWM : D’autres projets en devenir à partager ? Et un dernier mot pour la fin ?

Elyon’s : J’ai tellement de projets en cours. L.V.D.D est juste celui sur lequel j’ai choisi de focaliser mon attention quelques années. Merci encore pour cette interview ! J’espère qu’au-delà d’en apprendre un peu plus sur moi elle donnera envie aux lecteurs d’acheter la BD, mais surtout de se battre pour réaliser leurs rêves et aspirations !

 L.V.D.D est disponible en français (2800 exemplaires) et en anglais (200 exemplaires), et coûte 15 euros/10.000frs CFA.

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N.Y.Z

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