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Interview : Fashizblack Magazine

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Interview : Fashizblack Magazine

Parce que la Mode est un art, et que l’Art est affaire d’éclectisme, il est plus que jamais temps de voir cette mode haut en couleurs,  et c’est là que le concept Fashizblack Magazine puise toute son essence.
Fondé  en 2008, Fashizblack.com est LE web-magazine bimestriel de mode qui met sous les projecteurs la communauté noire, mais pas seulement… Des friperies aux grandes marques, des créateurs africains aux designers des grandes mai- sons, du streetwear à la haute couture, pour les femmes et les hommes, Fashizblack ana- lyse l’actualité mode, décrypte les tendances et vous fait découvrir une facette de la mode encore peu explorée.
Vous souhaitez découvrir cette bande de jeunes créatifs ambitieux qui vous proposent mieux qu’un VOGUE noir, et bien voici une interview écrite de l’équipe de Fashizblack Magazine représentée par leur responsable de publication Paola Ndengue. On leur souhaite bon vent et beaucoup de courage dans ce nouveau pan de leur grande aventure !
Découvrez également à la fin le teaser du reportage réalisé par Je Wanda Magazine sur Fashizblack Magazine. En ligne le 15 septembre 2011.

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1/ Bonjour, pouvez-vous vous présenter et nous dire qui se cache derrière l’équipe de FashizBlack Magazine ?
Bonjour. Les fondateurs de Fashizblack sont Patrick, 23 ans, diplômé en affaires européennes. Ensuite, Laura, 23 ans, diplômée en management et Paola (moi-même) 21 ans, diplômée en littérature moderne et en cours d’obtention d’un master en marketing stratégique. Nous sommes tous les trois d’origine camerounaise.
2/ D’où vient le nom du magazine ?
FashizBlack est en fait un acronyme de « Fashion Is Black ».
3/ Comment est né FashizBlack ? Quand et comment êtes vous passés du blog au magazine en ligne ?
FashizBlack est né via un blog de street-style exclusivement consacré aux personnes issues de la communauté afro. Il s’agissait de mettre en avant leurs sens du style et leur individualité en tant que fashionistas ou “modeux”. Portés par le succès du blog, nous l’avons fermé pendant quelques mois, histoire de retravailler le concept et nous sommes revenus en Septembre 2008 sous la forme d’un webzine, avant d’évoluer vers un magazine en ligne. Nous n’avons cessé d’enrichir et d’améliorer la formule depuis. Le magazine en ligne était le meilleur moyen de proposer une vision de la mode différente et à la fois, cohérente avec l’esprit de la maison.
4/ On l’a bien compris, FB s’adresse a un public noir/métissé désireux de se “retrouver” dans ses lectures. Mais qu’apportez-vous réellement de plus qu’un Amina ou qu’un Miss ébène ?
A vrai dire..nous sommes différents des magazines que vous venez de citer, aussi bien dans la forme que dans le fond. Premièrement, nous sommes un magazine de mode & lifestyle, et non un magazine féminin. De ce fait, des rubriques Psycho, Amour, Sexo ou Horoscope, vous n’en trouverez pas chez FashizBlack. Ensuite, dans l’approche, nous souhaitons devenir une sorte de Guide AFROPOLITAIN, qui fait le pont entre une Afrique qui se modernise bien plus vite qu’on ne le croit, et un monde qui est plus ouvert à adopter des « codes »africains, qu’ils soient culturels ou autres. Et nous souhaitons aussi clairement nous distinguer de la majorité des magazines dits ethniques par la qualité visuelle, ainsi qu’une certaine éthique comme par exemple refuser systématiquement de promouvoir l’éclaircissement de la peau, que ce soit par le biais de publicités ou autres.
5/ Vous avez à coeur de mettre en lumière les designers africains, pourquoi selon vous il est si difficile aujourd’hui pour eux d’avoir une réelle visibilité, même dans les magazines destinés à la communauté noire ?
Le problème se situe à plusieurs niveaux. D’une part, il y a un problème clairement psychologique voire culturel : la dévalorisation. Les marques occidentales ont une valeur ajoutée inestimable, qui est l’image. Celle-ci se construit sur le long terme, et nécessite des fonds importants en termes de communication notamment. Lorsque vous achetez du PRADA, vous achetez un savoir-faire mais aussi toute une histoire derrière. Nos designers sont talentueux mais encore trop méprisés lorsqu’ils sont comparés à leurs collègues occidentaux, notamment parce que la plupart du temps, ils n’ont pas de notions commerciales (comment vendre sa marque, comment créer le désir chez l’acheteur, gérer son image..). Le talent créatif, c’est essentiel mais ça n’a jamais suffit à établir et pérenniser une marque. Par extension, je pense même que l’on peut parler d’un certain complexe d’infériorité à certains égards, dont l’on n’a même plus forcément conscience. D’autre part, il y a un problème de manque de moyens, qui explique aussi bien ce que j’ai dit plus haut. Peu de designers africains aujourd’hui disposent de moyens viables et pratiques en ce qui concerne la distribution de leurs produits. Et ceux-ci sont souvent –il faut le dire – relativement chers, car les coûts de fabrication doivent être amortis. Le problème est à l’échelle continentale, bien que certains pays soient clairement plus avancés que d’autres sur la question. C’est toute une industrie qui doit se structurer, et FashizBlack en tant que marque média, a aussi à cœur de participer à cela de manière directe et indirecte.
6/ Citez nous vos designers préférés ou ceux qu’il faudra suivre prochainement ?
Ha..c’est très délicat..L’équipe FASHIZBLACK dans son ensemble soutient tous les designers africains ou antillais, mais il est vrai que nous avons des chouchous tels que Lisa Folawiyo (Jewel By Lisa), David Tlale ou encore Bridget Awosika. A titre personnel, j’ajouterais à cette liste, Ituen Basi, Tiffany Amber, Nadir Tatis et bien évidemment, Maki-Oh. Je pense qu’ils sont tous à suivre car ils ont chacun une approche de la couture assez différente, et peuvent plaire à différents types de femme. Mais je suis de très près la scène angolaise et mozambicaine, beaucoup de talents émergent de là-bas depuis peu et je suis persuadée que l’on va y découvrir de très belles choses dans les années à venir.

7/ Pour notre plus grand plaisir, on voit constamment des modèles noires dans FB, d’ou vient selon vous cette réticence que les designers/créateurs occidentaux/ africains (eux même) envers les mannequins noirs ?
En ce qui concerne les africains eux-mêmes, je lie cela à cette dévalorisation mêlée au complexe d’infériorité dont j’ai parlé tout à l’heure. Par contre, pour ce qui est des créateurs et de la presse occidentale en général, je pense qu’il s’agit simplement d’une stratégie commerciale. Les mannequins sont souvent le reflet des idéaux esthétiques d’une société à un moment précis. Les clientes de ces marques occidentales ont besoin à la fois que les designers puissent leur vendre un peu de rêve, mais que celui-ci reste accessible, ce qui entre autres conditionnera l’acte d’achat. Pour cela, il faut que la cliente puisse se reconnaître un minimum dans le mannequin. Or, mettre un mannequin noir lorsque la majorité de la clientèle est blanche pose problème, et représente un risque. On a pu parfois observer que sauf lorsqu’il s’agit d’une célébrité (Naomi Campbell, Beyoncé..), mettre une femme noire comme égérie ou en couverture d’un magazine généraliste, peut faire chuter les ventes. Maintenant, c’est l’histoire de la poule et de l’œuf : est-ce que ce sont les médias qui doivent IMPOSER la mixité au public ou est-ce au public de démontrer son ouverture d’esprit pour que les médias osent plus ? Tels sont les enjeux.
8/ Y a -t-il des solutions ou la mode occidentale est-elle raciste comme certains le disent?
Je ne dirais pas raciste mais frileuse. En termes de solutions, chez Fashizblack, nous croyons fermement que le meilleur moyen de rétablir un certain équilibre, est que les différentes industries Mode se parlent d’égal à égal. Ou en tout cas, que le dialogue n’ait plus l’air aussi bancal. Et cela passe par une industrie africaine organisée, avec des objectifs définis et un encadrement clair.
9/ Vous avez créé la surprise en faisant poser la belle Solange Knowles et les soeurs Simmons, comment cela a-t-il pu être possible ? D’autres célébrités en projet ?
Nous les avons contacté, en leur parlant du magazine, de sa philosophie et du concept global. Pour chaque célébrité, nous préparons généralement un story board, une sorte d’esquisse comprenant les idées principales (thème, stylisme, couleurs, ambiance..). Ensuite, ces célébrités donnent leur accord, ou nous disent ce qu’elles aimeraient modifier. La plupart du temps, nous avons les accords de ces personnalités, mais leurs emplois du temps étant souvent bouclés 6 mois à l’avance, il faut s’armer de patience et savoir s’adapter. Pour la version papier, nous essaierons bien sûr de mettre des stars en couvertures, mais ce ne sera pas systématique, nous laissons une grande place aux mannequins avant tout.
10/ Fashizblack a dernièrement lancé un appel à contribution pour éditer le magazine en version papier pour 2012. Pourquoi ? Expliquez-nous en quoi cela consistait ?
Après 3 ans en ligne, nous avons eu besoin d’évoluer, et de faire évoluer le magazine. Seulement, nous n’avions pas les fonds suffisants pour constituer un capital qui nous permette de peser dans la balance face aux investisseurs externes. Nous avons essayé de voir quelle serait la manière la plus créative de faire participer une partie de nos lecteurs, puisqu’ils ont toujours été très actifs en général. Nous avons donc trouvé la plateforme KickStarter, qui permet de recevoir des fonds en échange de cadeaux/offres de différentes valeurs. Cela nous a paru un bon système car finalement, les personnes qui commandent leurs numéros le font en fonction de leurs moyens, de leurs envies et surtout, l’argent n’est pas prélevé de leur compte tant que nous n’avons pas atteint la somme, qui est de 40.000 dollars. C’est en fait un échange de bons procédés : vous commandez votre numéro, nous recevons les fonds pour le produire.
11/ Comment cela s’est-il passé ? Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir atteint votre objectif et de pouvoir réaliser votre rêve ?
Ça a été une campagne à la fois très riche en enseignements et bien sûr, assez éprouvante. Nous avons pu compter sur plusieurs personnes qui nous ont soutenu, ont relayé le message et surtout, partagent la même vision que nous, et cela a été déterminant. Même si ça a été un peu lent au départ, les derniers jours précédant celui où nous avons notre but, on a senti un réel engouement et le bouche-à-oreille a fini par fonctionner. Après quelques heures d’euphorie, nous sommes désormais sur le pied de guerre et nous avons déjà commencé à travailler sur le numéro de Janvier.

12/ Vous faîtes partie de cette jeunesse africaine engagée, et qui milite pour l’Afrique à travers ses projets, quel regard posez-vous sur l’Afrique et particulièrement sur le Cameroun ?
Pour parler en mon nom, j’ai une relation très passionnelle avec l’Afrique. Je puise mon énergie dans le potentiel de ce continent et en même temps, je suis toujours profondément amère quand je vois les gâchis sur le plan politique, économique, énergétique ou culturel. C’est également le cas pour le Cameroun, qui est un pays qui marche littéralement sur la tête lorsque l’on compare sa situation actuelle et ses potentialités. C’est assez révoltant de voir à quel point nous crachons en quelque sorte sur notre propre patrimoine, notamment par défaitisme et/ou paresse. De belles réalisations ont lieu mais c’est encore trop sporadique, comparé à certains de nos voisins. Je crois que tant que l’investissement privé et la bonne gouvernance ne seront pas facilités et encouragés par les autorités, on risque de tourner en rond encore pendant longtemps. L’Afrique est un continent des possibles, mais une révolution des mentalités doit d’abord avoir lieu.
13/ Quel est selon vous actuellement le pays africain qui fait le plus l’actualité dans le monde de la mode ? Pourquoi ? Que devront faire les autres pays pour suivre cet exemple ?
On retrouve dans la mode africaine, le même clivage que l’on retrouve en Afrique subsaharienne: les designers anglophones d’une part et francophones d’autre part. Force est de constater que les premiers cités ont beaucoup d’avance sur les seconds, notamment parce que les états concernés (Ghana, Nigéria, Kenya..) ont pris conscience de l’importance économique de ce domaine, en termes de créations d’emploi et de bénéfices par exemple. Certains de ces pays de l’Afrique de l’Ouest ont lancé des campagnes « Consommez local », afin de pousser la population à acheter plus de vêtements faits sur place que ceux qui sont importés d’Europe ou de Chine. Par ailleurs, je dirais qu’actuellement même s’il y a une véritable hégémonie nigériane, aussi bien sur le continent qu’à l’international, c’est un ensemble de pays qui font l’actualité, avec des nouveaux venus comme l’Angola, l’Ethiopie ou le Mozambique, qui eux aussi commencent lentement mais sûrement à trouver leurs marques. Côté francophone, le Sénégal reste un leader incontournable dans la région. Quant au Cameroun, le chemin est encore long mais des initiatives (salons, forums..) sont en cours d’élaboration d’après mes informations.
14/ Un message particulier à ceux qui ne vous connaissent pas encore et qui vous découvrent à peine ? A ceux qui vous connaissent déjà ?
A ceux qui ne nous connaissent pas, je leur dirais que FashizBlack n’est pas qu’un magazine, c’est une marque que nous souhaitons développer. Nous souhaitons prouver qu’il est possible en France de mettre Media, Afro et Qualité dans la même phrase, on peut en faire une réalité. Par ailleurs, il s’agit de soutenir de jeunes entrepreneurs avec une vision sur le long terme et un amour de la culture africaine. A ceux qui nous connaissent, et notamment les 200 et quelques personnes qui ont déjà commandé leurs numéros, nous les remercions de leur confiance, leurs encouragements, et surtout l’énergie qu’ils mettent à essayer de convaincre leur entourage de participer à cette formidable aventure. On les sait de tout coeur avec nous, et on espère leur faire honneur.

http://www.fashizblack.com

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Découvrez le teaser du reportage réalisé par Je Wanda Magazine sur Fashizblack Magazine. En ligne le 15 septembre 2011.

 

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