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Ma réflexion sur la musique urbaine camerounaise actuelle

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Ma réflexion sur la musique urbaine camerounaise actuelle

 

Alors petit compte rendu de mes ballades cybernétiques musicales à la recherche de perles rares camerounaises. En ai-je trouvées ? Peut-être pas encore ce qu’on qualifierait de perles rares, mais des diamants bruts, ça oui !

La magie d’internet permet désormais aux jeunes artistes camerounais de faire connaitre leur musique grâce à une exposition internationale à travers des supports tels que Youtube, Soundcloud, ou ReverbNation, et grâce à ces merveilles, j’ai pu en découvrir des artistes !

J’ai commencé cette petite étude en 2010 et l’ai faite murir avec le temps, ceux qui s’intéressent à la musique africaine et camerounaise pourront ainsi sentir le pouls de la musique urbaine camerounaise tel que je l’ai senti moi depuis pratiquement deux ans maintenant. Cette analyse ne prétend pas être complète et surtout pas figée, mais juste une observation de ce que j’ai pu voir et écouté durant toute cette période. Je pense qu’elle vous donnera tout de même une idée générale sur l’état des talents locaux camerounais. Et surtout je voudrais que les jeunes artistes qui me liront puissent en tirer quelque chose de constructif pour leur carrière.

Du talent, il y en a…

Les styles sont divers et variés. Le talent est là ! Ca c’est sûr ! Des voix de ouf ! Des beats wandahants ! Des lyrics intéressants. Ca fourmille, ça balbutie, ça mijote ! Certes, encore très masculine, mais la scène est là.

C’est au niveau du R&B où j’ai le plus Wanda, tellement y a du talent. Car, à la limite on peut faire illusion dans le rap quant à sa voix (je dis bien à la limite), mais le chant, ça ment pas !
On sent bien que ces jeunes artistes sont ouverts sur le monde et qu’ils sont à l’écoute de ce qu’il se fait et se passe à l’extérieur, d’ailleurs peut-être même un peu trop justement pour certains.

Un courant musical qui cherche encore son identité

Le Hip-hop et le R&B camerounais existent il n’y a pas de doute, mais ils se cherchent encore. Ce sont des courants musicaux en quête de leur identité. Car au-delà du nom qu’ils portent (“Hip-hop ou R&B camerounais”), il faudrait qu’il en soit imprégné jusqu’à la moëlle. Et c’est ce qui manque encore à mon goût. C’est un peu la résultante de l’accès à des chaînes musicales internationales réputées. Mais lorsque cette phase sera accomplie, on tiendra quelque chose ! Et c’est les gars du 93 qui voudront rapper comme eux. Et, je peux dire que les pionniers l’ont quelque part compris, des pionniers certes nourris à MC Solaar, Pit Bacardi ou Jay-Z.

Je m’explique : quand j’entends du hip-hop camerounais plus particulièrement, je m’attends à entendre une certaine “couleur locale”. Dans la sonorité ? Dans la façon de poser ? Dans le texte ? Que sais-je ? Mais il faut que je l’entende ! Que je ressente le MBOA ! Que je me dise “ah, là c’est le pays”. Si je voulais entendre des gars du 93, je sais où les trouver, et ils le font très bien. Pareil pour ceux de Marseille avec leur petit accent sympa. Et, c’est ça LEUR label, LEUR touche personnelle, LEUR “couleur locale”. Les gars de la East Coast ne posent pas comme les gars de la West Coast ! Ne parlons pas du Dirty South ! Tout ça c’est du rap ou Hip-Hop, mais chacun le chante/rappe à sa manière, chacun y apporte son bagage culturel. Et c’est ce qu’il manque encore à ce courant musical au niveau local. Une couleur locale. Il n’y a aucun intérêt si de Douala à Abidjan, on rappe comme dans le 93 (je prends un cliché). Déjà, on réussira moins bien que ceux issus de ces quartiers, et de plus, c’est mimer un style qui finalement ne nous représente pas. Ca commence, encore timide, car il leur manque un peu cette vision extérieure, qui leur permettrait peut-être justement de se dépasser afin de se trouver totalement. Qui leur permettrait de s’assumer, et de savoir qu’être soi-même, y a que ça de vrai ! Des gens qui leur disent, c’est TOI que je veux entendre, pas un clone.

L’authenticité comme clé du succès

C’est bien de commencer en imitant (on commence toujours par imiter), mais c’est mieux de continuer en s’inspirant juste. Le fait d’imiter a donné une certaine qualité à la voix, au style, bref à être dans le coup par rapport au passé. Avec Internet, le câble, les jeunes ont su voir ce qu’il se passait ailleurs dans ces courants musicaux et en acquérir les codes indispensables pour se prévaloir une certaine appartenance. C’est en répétant qu’on commence à apprendre. Cette étape pour moi, elle est acquise. Les bases sont là. On le voit même sur place quand on va dans les cabarets tels que le Yao Ba à Yaoundé ou le Cabaret H à Douala. Je conseillerais tout de même à ceux dont la langue maternelle n’est pas l’anglais de laisser tomber s’ils n’arrivent pas à faire illusion. Certains y parviennent très bien, et d’autres c’est une catastrophe. La diction pêche parfois pour ceux qui se prennent pour Booba. Eh oui, chanter avec un accent “frenchy” alors qu’on a un dur accent bien du mboa, ça le fait pas toujours. Alors au lieu de gâcher son talent, faites avec ce que vous avez, parlez comme vous savez, et misez dessus en bossant dur ! Il n’y aura jamais qu’un seul 50 cent, un seul La Fouine ou qui sais-je ? Ou vous !

La remarque vaut pour les clips, faites TRES BIEN avec les moyens du bord que PAS ASSEZ avec ce qui vous dépasse et d’ailleurs que vous n’avez pas.

Mes conseils aux artistes…

Alors, ce que j’aurais à dire à ces jeunes artistes s’ils me lisent : Maintenant, mes chers amis, trouvez-vous ! Affirmez votre culture ! Vos codes linguistiques ! Vos habitudes culturelles ! Votre vécu à vous, pas celui vu à la télé ou chanté par votre artiste préféré qui vient d’occident. C’est là qu’est votre richesse. C’est cela que le monde veut entendre. Car si un jour Jay-Z ou Kanye West cherchent un talent hors des U.S.A. c’est parce qu’ils veulent quelqu’un de différent, qui change de tout ce qu’on voit déjà partout. A l’heure de la mondialisation, c’est l’authenticité qui paye et ça des gens comme les Nigérians l’ont très bien compris. Pourquoi croyez-vous que de grands rappeurs d’origine africaine se tournent vers chez eux ? Pourquoi Kanye West signe D’Banj dans son label musical ? Pourquoi Akon collabore avec P-Square ?. Pourquoi Manu Dibango ou Richard Bona ont eu du succès à l’international au point même de se faire plagier (on ne vous dira plus combien de fois “Soul Makossa” a été repris que ce soit par Michael Jackson ou Rihanna pour ne citer que ceux-là) ? Pourquoi pensez-vous que Beyoncé s’inspire de l’Afrique ? Ne voyez-vous pas que VOUS détenez une énorme richesse car VOUS vivez en Afrique, vous y êtes baignés. Pourquoi croyez-vous que Beyoncé a voulu apprendre de ces fameux danseurs mozambicains eux-mêmes ? Vous avez un “flavor” qu’on n’apprend pas, on l’a ou on ne l’a pas ! Et ça c’est votre atout majeur.

Alors, oui prenez de l’extérieur, ne serait-ce que même pour rester à la page, mais débarrassez-vous vite du superflu et mettez-y votre ingrédient à vous ! Votre personnalité et votre culture. Car vous l’aurez bien compris, non seulement les africains rêvent d’Afrique, mais le monde également.

Prenez aussi de vos aînés qui eux ne rappaient pas à l’époque, mais qui chantaient du makossa, de l’assiko, du Bend Skin ou autre. Explorez vos racines, on n’avance jamais aussi bien et aussi loin que lorsque l’on sait qui on est et d’où l’on vient. Aux Etats-Unis, certains des plus grands tubes de rap/hip-hop sont issus de remix d’anciens morceaux, ou utilisent des samples d’anciens tubes, tout le monde le sait. Donc vous, qu’irez vous remixer ? Les tubes de vos grands-pères par exemple. Si vous voulez intéresser un plus grand nombre de personnes, pensez à un chanson populaire qui a fait bouger votre maman et remaniez le. Ou serait-ce un rap en langue ? Les Nigérians posent dans leur patois pour certains ! Peut-être un instrument ? Le Balafon ? Bref, explorez, explorez, explorez ! Soyez imaginatifs, soyez créatifs, car la créativité n’a en réalité aucune frontière et se reconnait toujours. Embrassez vos racines, soyez-en fiers, et sortez-en nous quelque chose de neuf, de réinventé à votre sauce. Amusez-vous et entrainez-nous avec vous ! Pourquoi chercher loin ce qu’on a déjà ici chez nous. Trouvez-vous, et on se fera plaisir d’écouter et faire écouter en disant, “ça tu vois, c’est un groupe de chez moi”.

Votre rap (ou ce R&B), il vient du Cameroun ? Alors prouvez le !

Quelques références d’hier, d’aujourd’hui et de demain…

Les anciens du milieu l’avaient compris très tôt, mais le secteur n’était pas encore assez mûr pour apprécier le phénomène dans toute son ampleur. J’en profite pour saluer ici les baos tels que Krotal, Valsero, Sultan Hochimin, pour n’en citer que quelques uns, sans qui la musique urbaine camerounaise n’existerait pas aujourd’hui. Ils y ont cru quand personne ne s’intéressait à ce courant musical en masse au Cameroun, et ils lui ont dédié leurs vies. Je ne doute pas qu’un jour vos fils et filles camerounais sauront vous rendre hommage dignement pour la route que vous avez un jour ouverte grâce à votre talent, votre passion et surtout votre persévérance.

Un label camerounais (oui ça existe) qui fait exception, qui a très bien compris cela et qui nous réserve de belles surprises musicales c’est Mumak Records qui se fait une mission de produire une musique urbaine camerounaise moderne et exportable. Le premier projet à aboutir sera celui du rappeur Jovi le “Don 4 Kwat” (à l’origine également du morceau “Koh Koh” de Sine) dont j’ai écouté en preview les 3/4 de l’album, et je vous assure les amis… Ca va déménager ! Rien qu’à voir le succès du récent single “Pitié” sur la toile, je vous le dis, une bombe prête à exploser ! Car tous les ingrédients de la recette magique que je vous ai cités y sont.

D’autres artistes qui commencent à se faire un nom sur la scène R&B camerounaise locale : Duc-Z avec son fameux titre “Je ne donne pas le lait” (expression devenue populaire dans la jeunesse camerounaise qui signifie ne pas plaisanter dans ce qu’on fait), Prosby, avec sa “Mboa Girl” et qui promettent d’effectuer un beau parcours, travail et persévérance aidant, ou Adah et sa voix suave (goodies à venir…). Et faut-il encore les citer les X-Maleya avec leurs morceaux qui mélangent patois, argot et sonorités R&B, sont dans cette mouvance et c’est pourquoi ils rencontrent un franc succès.

Côté clips, car l’impact visuel va de paire, ceux qui fournissent un boulot formidable en ce moment sont les NS Pictures (“Mboa Girl” , ou “Son Me”), dans le milieu depuis un petit moment, William Nsai (“Je ne donne pas le lait”, et le tout dernier venu February 16th (“Don 4 Kwat”, “Koh Koh”, “Pitié”).

Les grands sponsors commençant à entrevoir l’impact du phénomène sur la société (cf : Concert X Maleya x MTN, Publicité Malt’Up x X Maleya) devraient sans doute jouer un rôle majeur dans l’épanouissement de ce courant musical au Cameroun, même si je dirais qu’il ne faut pas compter sur eux. Ils ne sont qu’un facteur multiplicateur. Il faut valider le boulot avant, il n’y a pas de secret !

Je rajouterais également que les multiples collaborations entre artistes sont vivement recommandées pour un maximum d’émulsion créative ! La concurrence n’est bonne que si elle permet de se dépasser, de faire toujours mieux. Par contre, elle est dévastatrice quand elle aboutit au déchirement des artistes entre eux, car elle plombe tout. Et oui, car le milieu a aussi ses petits drames et coups bas entre amis ! On est au Cameroun, mais les égos ne sont pas moins petits, croyez-moi ! Ah ces artistes et leurs gué-guerres ! Ca au moins les nigérians l’ont compris, l’union fait la force, et c’est peut-être cette mentalité qui manque encore à certains artistes camerounais. Mais, ceux qui n’appliqueront pas cette règle, seront à coup sûr laissés derrière…

Pour conclure, je ne prétends pas que ceux que je n’ai pas cités ne sont pas bons, (enfin il y en a qui le sont pas comme partout ça existe aussi ou bien je ne les ai pas encore découverts), mais je parle de ceux qui m’ont marquée et qui expriment le mieux cette nouvelle mouvance. Et j’ai l’intime conviction que ceux appliqueront ces petites touches authentiques d’une façon ou d’une autre, sont ceux qui rencontreront un succès mais surtout un succès pérenne.

Alors, après le Nigéria viendra-t-il le Cameroun ? J’ai bon espoir. Mais, affaire à suivre…

C.V.F

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Céline Victoria Fotso ou l'esprit créatif. Femme d'affaires, designer, community manager ou architecte événementielle, telles sont les multiples casquettes de Céline Victoria Fotso, fondatrice de Je Wanda Magazine. Riche de ses expériences multiples, cette diplômée en marketing de l'Ecole Supérieure du Management de l'Entreprise à Nice et de l'Académie des Arts et du Design de Montréal, se consacre depuis trois ans à bâtir un pôle d'activités créatives tourné vers l'Afrique. Ainsi, après avoir collaboré au sein des services marketing et commercial d'enseignes de renom telles que Yves-Saint Laurent, Michaël Kors, Smalto, ou encore Réminiscence, cette passionnée de culture, d'Afrique aux goûts éclectiques finit par créer Je Wanda & Co, un concept nouveau à mi-chemin entre le web, l'événementiel, la mode et la communication. Véritable fruit de sa brillante inventivité, et de son insatiable fascination pour les individus et la mixité des cultures. Son rêve : Incarner une Afrique jeune, moderne et en mouvement, loin des multiples stéréotypes négatifs récurrents. Autrement dit, montrer une Afrique résolument positive qui ose.

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