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Réflexions sur l’Afrique : “Les dirigeants africains des aliénés culturels…”

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Réflexions sur l’Afrique : “Les dirigeants africains des aliénés culturels…”
Un soir de grands divers, nous avons lancé sur notre page Facebook le débat suivant :
Certains s’interrogent sur le potentiel économique de l’Afrique… Et d’autres sur l’autonomie des africains concernant la gestion de leurs ressources naturelles sans que cela ne profite qu’aux occidentaux… Et vous qu’en pensez-vous ?
Un Wanda People a posté sa brillante contribution qui n’a pas manqué de nous éblouir ! Quelle fierté de voir tant de savoir et de réflexion au sein de notre jeunesse ! C’est pourquoi nous la partageons avec vous aujourd’hui, et vous invitons énergiquement à en prendre connaissance puis à donner votre point de vue, votre sentiment…

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Pour l’autonomie, concernant les ressources naturelles, je pense que nos dirigeants sont certes corrompus, mais ils sont aussi aliénés culturellement, directement ou indirectement. J’avais déjà eu à réfléchir sur le sujet et j’avais écrit ceci :

Certains États africains sont “dominés” (inconsciemment) culturellement. Ce qui est pire que la domination économique, militaire… Car rien n’est plus mauvais qu’un homme soumis à la servitude par l’esprit, cet homme asservi étant même content ou non-conscient de cette situation.

Au Cameroun, nos langues officielles sont l’Anglais et le Français. Quand la Gaule a été conquise par l’empire romain, le latin (du colonisateur) fut la langue d’usage. Mais par la suite, après la chute de l’empire romain, cette langue (latin vulgaire) fut transformée par les autochtones et devint le Français. Qu’on le veuille ou non, la langue est un élément clé dans une nation. Elle permet à ses membres de communiquer entre eux, mais délivre aussi un message, une façon de penser, des concepts etc. J’aime beaucoup le francais mais force est de constater qu’en Afrique francophone, les langues des différentes ethnies ne sont pas assez enseignées. D’ailleurs, les plus fervents défenseurs de la francophonie ne sont pas les français, qui s’en foutent éperdument (ceux-ci ne réalisent pas le potentiel de puissance et d’influence d’une communauté estimée à plus d’une centaine de locuteurs) mais les africains. (Cf Abdou Diouf)

On n’enseigne pas assez les mythologies, philosophies et histoires africaines… On nous dit que les missionnaires sont venus transmettre aux africains le message biblique, nous apprendre ou dire que “Dieu” existait. Or, beaucoup d’africains croyaient déjà en un Dieu unique. Il y avait un culte aux génies, créatures divines, et contrairement à une croyance commune, cela a aussi existé en Europe, avant (les druides, dieux celtiques etc.) et pendant la domination du christianisme. Dans la légende arthurienne ou dans des histoires comparables à Tristan et Yseult, n’est-il pas question de la fée Vivianne, des anciens dieux, dragons, géants, lutins ? Il suffit juste de s’intéresser au roman courtois et la littérature médiévale occidentale du 12e, 13e siècle.
Quid de la philosophie africaine ? Philosophie dans le sens premier, à savoir quête de la sagesse. Il existe une véritable philosophie africaine bien que celle-ci ait une forte tradition orale. Mais la philosophie, c’est raisonner à la lumière de l’observation et des expériences. Or, les récits des griots, les proverbes africains, voire même certains écrits ne sont-ils pas issus de l’expérience et de l’observation des sages antiques africains ? Connaitre son histoire, c’est connaitre les erreurs et bons choix de nos anciens, et nous permettre de mieux avancer dans l’avenir. Ayant dit tout cela, je ne peux que regretter, encore, l’absence d’ouvrages universitaires sur le sujet. Or, il pourrait en être retiré tellement d’enseignements. Non  pour des raisons ou questions uniquement métaphysiques, mais aussi pour la vie “pratique” de tous les jours, comme les enseignements que l’on tire en s’intéressant ou en lisant des philosophes grecs comme Platon, Epitècte…

Concernant le fait d’imiter, je pourrais aussi citer le fait que le droit camerounais ressemble à s’y méprendre au droit français… Et tant d’autres exemples…

C’est parce qu’on se connait soi-même qu’on pourra dialoguer et comprendre au mieux autrui. Même si nous vivons dans un système hérité d’une histoire occidentale (greco-romaine et judeo-chretien), ne peut-on pas remarquer que les chinois, japonais, ou indiens sont au fait de leurs histoires et héros (Confucius et Lao Tseu en chine par exemple, Boudha, les samourais au japon…) contrairement à nombre d’africains?

Les Français, ce peuple régicide,  ont coupé la tête de leur roi, du fait des privilèges, de la “trahison” de celui-ci etc…Et ils en sont venu à la République. Celle-ci fut plus une conséquence qu’un véritable choix. Bien sur, cela ne s’est pas fait instantanément, car il a fallu que la  France connaisse trois Restaurations, deux Empires et cinq Républiques pour arriver au régime dans lequel les français vivent. D’ailleurs Cette 5e république ne semble plus convenir à beaucoup et c’est à la lumière des expériences de leurs aïeux, qu’ils essaient d’en trouver un.

L’histoire des différents peuples africains n’est pas la même que celui des peuples occidentaux. A ma connaissance, L’Afrique n’a pas connu d’épidémies telles que la peste, de révolutions violentes, etc. De plus, n’ayant pas la même histoire, pourquoi appliquer point par point un modèle issu des erreurs et évolutions d’autres peuples ? Certains clameront haut et fort : “Démocratie” !! Ce à quoi je dirais que je suis évidemment pour la démocratie mais une certaine forme de démocratie existait déjà en Afrique.

Dans certaines chefferies ou royaumes africains contrairement à beaucoup de royaumes européens d’antan, le roi ou chef n’était pas un despote. Loin de là, il était assisté par des notables, des anciens, des conseillers. Le roi ne s’occupait que du régalien (justice, armée, police…), les sujets disposant d’eux-mêmes. Dois-je aussi rappeler que  la démocratie est arrivée en Europe de manière violente. Je rappelle qu’après la démocratie directe grecque (non ouverte aux étrangers, femmes et esclaves), l’Europe a connu une période d’obscurantisme pendant des siècles pendant que l’orient développait une formidable civilisation.

Tout ceci pour dire que que si les africains doivent aller de l’avant, ils doivent casser les chaines de cette domination “culturelle”, cette servitude de l’esprit. Ils doivent se réapproprier l’Histoire et la sagesse issues de leurs contrées car ce sont autant de réponses pour leur avenir.

Personnellement, je suis pour une mise à plat complète du système institutionnel africain. Je pense que la centralisation n’est pas la réponse pour un renouveau africain. En effet, Les colonisateurs ont crées des Etats africains artificiels sans pour autant prendre en compte les royaumes, chefferies, qui existaient. Le temps ayant passé, on ne peut aucunement souhaiter un rétablissement des anciens royaumes. C’est courir au devant de grands dangers.

La religion (qui vient du mot religere= relier) a été un facteur d’union pour les peuples, quels que soient les continents. Après la chute de la religion , cela a été remplacé par d’autres facteurs comme le nationalisme (Chine où la révolution culturelle “maoïste” s’est violemment attaqué aux religions orientales, France avec l’anti-clericalisme…). La religion ne pouvant plus jouer ce rôle aujourd’hui, et le nationalisme européen ayant montré ses limites (1ère guerre mondiale, seconde guerre mondiale, Génocide des juifs…). C’est la raison pour laquelle je crois au panafricanisme, mais pas comme certains l’entendent ou sur le modèle d’une fédération à l’occidentale. Je suis favorable à une association d’États un peu à l’image d’une confédération, le gouvernement central ne s’intéressant qu’au régalien (comme c’était le cas pour nos aïeux). Ainsi donc, je suis pour une forte décentralisation, la mise en place de conseils de sages (chefs traditionnels et philosophes, sociologues etc…), démocratie participative locale, conseils municipaux des jeunes pour appréhender au mieux le civisme etc. Autant d’exemples… Concernant la religion, j’aurais tendance à mettre plus en avant la spiritualité mais c’est un autre sujet.

Concernant l’économie, il nous manque des capitaines d’industries, des Silicon Valley, des universités ultra-modernes etc. Bref tout ce qui concerne la formation du capital humain. Le système bancaire est trop rigide en Afrique. Or, qui dit entreprise, dit besoin perpétuel de crédits. La démographie montante africaine est un plus mais mal formée, sans emploi, celle-ci sera une bombe==> risque d’une montée du tribalisme, banditisme, prostitution, terrorisme etc. ? Quid de la mobilité des étudiants africains à l’instar d’Erasmus ?

Pour une économie perfomante, la mobilité des travailleurs, de la matière grise et des fonds est très importante. Je dis tout cela mais il ne faut pas aussi oublier que  le modèle de société des occidentaux a rencontré des limites notamment concernant les inégalités, l’environnement etc. Ils sont d’ailleurs les premiers à le reconnaitre. L’Afrique est un géant énergétique, bientôt un géant démographique. Si elle reussit à regler les problématiques concernant la formation et les institutions politiques, alors rien ne lui résistera. Enfin, c’est ce que je pense. Sans oublier bien entendu les éléments du “hard power” et “soft power”.

Wilfried Bock

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