Home A la Une WIMBO-KASI : Rap camerounais, Esquisse d’une trajectoire – État des lieux (I)

WIMBO-KASI : Rap camerounais, Esquisse d’une trajectoire – État des lieux (I)

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WIMBO-KASI : Rap camerounais, Esquisse d’une trajectoire – État des lieux (I)

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Le rap est aujourd’hui l’une des musiques les plus suivies au monde. Derrière lui se cachent parfois des destins, des histoires et des évolutions importantes à connaître pour comprendre ce style musical. Dans cette chronique en trois parties, je tenterai donc – comme le titre l’indique – d’esquisser la trajectoire du rap Camerounais : quelle est son évolution jusqu’au jour d’aujourd’hui ? Quelles sont les clés du succès ou comment le rap camerounais dans son ensemble peut-il franchir le prochain palier ? La guerre des égo dans le milieu et l’environnement sont-ils un frein ? Puis les meilleurs du genre dans un TOP 5. En bref, passons un peu le rap camerounais à la loupe…

1ère partie : État des lieux 

L’univers du rap a connu moult changements ces dernières années. Le regain d’intérêt pour la musique urbaine a notamment conduit à modifier le tableau du rap camerounais. Lui qui, il y a encore quelques années, était considéré par les amateurs de musiques urbaines comme ayant un retard sur les autres scènes du continent tel que le Sénégal ou le Gabon (qui furent pendant longtemps les pays les plus productifs en Afrique francophone) est aujourd’hui en passe de devenir un véritable acteur sur la scène africaine.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=8Ofg7LvtVkA[/youtube]

Au Cameroun le rap a pendant longtemps balbutié, la plupart des artistes essayant de copier les styles américain et français très souvent avec un succès plutôt mitigé. S’il est par exemple vrai que les Etats-Unis restent la source et qu’avec  la France ils forment les pôles d’inspiration du milieu rap, il n’en demeure pas moins vrai que le véritable succès d’une scène artistique se construit quand celle-ci arrive à se découvrir et non chercher à « faire comme… »  Après s’être pendant longtemps cherché, le rap camerounais semble aujourd’hui avoir compris : il se forge petit à petit une identité, se popularise, malgré le fait d’être toujours considéré comme musique de jeunes, voire de voyous ; mais ceci n’est pas propre au Cameroun. Il est passé des petits spectacles dans un célèbre manège de la ville de Yaoundé au début des années 2000 aux podiums des plus grandes salles du pays aujourd’hui; du fameux « Ca-Me-Dit Rap »[*] à de véritables festivals tel que le « Douala Hip-Hop festival »,  il est passé de petits délires entre étudiants sur les campus universitaires aux écrans de grandes chaînes de télévision internationales telle que Trace TV.

Pour ne pas refaire son histoire on pourrait la résumer juste ainsi :

  • Krotal, Umar CVM et DJ Bilik (pour ne citer que eux) ont introduit
  • La génération Aksang Grave, Negrissim a contribué à créer une scène rap
  • Aujourd’hui la jeune garde symbolisée par Stanley Enow, Jovi, Yann NZ, Dareal et bien d’autres, propage le genre au-delà d’un cercle restreint d’aficionados.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=bPLpjRD4SPo[/youtube]

Cet engouement grandissant est le résultat d’un perpétuel changement au sein du milieu rapologique. Parmi les facteurs d’influence récents on pourrait citer :

  • La naissance de nouveaux Labels musicaux innovatifs tels que Redzone ou Mumak qui ont chacun à leur arrivée apportés une nouvelle vision dans la production et communication artistique du milieu.
  • Le nouveau souffle insufflé par l’anglais et même le pidgin. (Lire l’article « Shakespeare serait-il en train de s’emparer de la musique urbaine camerounaise » pour plus de détails).
  • L’influence culturelle grandissante : Aujourd’hui le rap camerounais puise dans la culture du pays sans toutefois sonner folklorique. Il s’adapte aux réalités socioculturelles et même parfois à l’environnement traditionnel local, tout en restant moderne et innovateur.
  • Une nouvelle approche dans la communication et le marketing : La communication a gagné en importance ces dernières années. Savoir présenter son produit est important pour son succès, et ceci se ressent de plus en plus dans le milieu. L’exemple le plus marquant c’est bien évidemment la sortie d’album, accompagnée aujourd’hui chez la plupart d’artistes de tout un concept de communication : conférence de presse, release party, vidéos des studio-sessions etc.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle important. Ils ont étés pour beaucoup dans la réussite et la popularisation de la plupart des titres de ces dernières années. Ils sont devenus donc pour beaucoup d’artistes un moyen de communication direct et efficace, leur permettant même dans certains cas de se passer des circuits de distribution et promotion classiques.

  • À la communication ci-dessus citée s’ajoute une exposition médiatique grandissante. De ce fait s’offrent aujourd’hui de nouvelles opportunités aux rappeurs camerounais. Ce qui pousse naturellement ces derniers à prendre plus au sérieux leur travail et à s’y investir encore plus.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=M8c3ifLePcQ[/youtube]

Le mouvement  hip-hop camerounais trouve de plus en plus ses codes, sa « touch », son ADN  et se structure, entraînant  avec lui dans le milieu rap le rêve d’un avenir resplendissant. Cet avenir glorieux, peut-être truffé de strass et paillettes est par la même occasion devenu le but à atteindre pour un certain nombre d’acteurs de la scène,  attirés plus par les feux des projecteurs que l’aspect artistique de cette musique.  Il n’y a pas longtemps je lisais quelque part la « punchline » suivante concernant certains rappeurs camerounais : “Les gars ne veulent pas faire de la musique, ils veulent faire des “tubes! Erreur de vocation…ils auraient dû choisir d’être plombier!”. La chasse au buzz est devenue le sport favori dans l’univers du rap camerounais : aujourd’hui à la sortie d’un titre on ne dit plus « le texte est bien écrit » ou encore « le jeu de mot sur cette rime est superbe », on ne fait plus chez plusieurs MCs allusion aux figures de style recherchées ou même tout simplement à un quelconque contenu… Non ! Aujourd’hui on dit plutôt « il a eu 45.000 vues sur YouTube »,  «sa vidéo a eu 500 commentaires sur Facebook » etc… Résultat au final, ils sont nombreux à ne plus hésiter à trafiquer le nombre de vues et de « like » sur le net : aujourd’hui la triche fait partie du « game ».

Un autre phénomène assez répandu c’est le fait de s’inventer une vie, vendre une image fausse de soi. Vous me direz, ca a toujours existé dans le rap, même aux Etats-Unis. C’est vrai ; en rap il y a une discipline appelée « égotrip » dans laquelle les rappeurs poussent très souvent la réalité un peu plus loin qu’elle ne l’est vraiment. Mais entendre un rappeur de Yaoundé n’ayant même pas encore sorti d’album vanter le montant de ses royalties à la SACEM (qui est française au passage), avouez que c’est plus que louche.

Le rap camerounais change, longtemps estampillé d’une image assez terne, il arrive aujourd’hui grâce aux facteurs d’influence ci-dessus cités à trouver des couleurs, à trouver ses couleurs. Ce développement remarquable ces dernières années ne devrait par contre pas être « l’arbre qui cache la forêt »… Au Cameroun le rap souffre de nombreux problèmes qui pourraient devenir des freins à son évolution. L’avenir de cette scène ainsi que les principaux maux qui la minent seront abordés en seconde partie de ce dossier.

                                                                                            K-Ran

À suivre : 2ème partie


[*] Recontres hip-hop organisées les Samedis dans la ville de Yaoundé au début des années 2000

 

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Qui est K-Ran ?
Ce mélomane est très tôt attiré par la profondeur de l’art musical. Doté d’une grande curiosité, il s’intéresse rapidement à différents styles et genres musicaux, ce qui lui procurera une éducation musicale poussée. Soul, Rap, RnB, Pop ou encore toutes les sonorités africaines, sont quelques unes des teintes qu’on pourrait citer en parlant du tissu musical de ce jeune camerounais. Depuis plusieurs années déjà, K-Ran officie dans les coulisses de l’industrie de l’Entertainment en Allemagne et compte parmi ses nombreuses occupations : show-radio, deejaying, évènementiel et chronique web.

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